Freya déesse vane : ce que disent les sources sur Freyja
Dans la Saga de Njáll le Brûlé, Freyja porte le nom de Valfreyja, « maîtresse des élus », et partage donc avec Odin la moitié des morts au combat.
Freyja (Freya en français courant) est une déesse des Vanes, l’une des deux familles de dieux nordiques. L’autre est celle des Ases, où l’on trouve Odin et Thor. Elle est la fille de Njörd, la sœur de Freyr, et elle vit chez les Ases depuis la fin d’une guerre entre les deux familles. Son nom signifie « dame ». Les textes qui parlent d’elle sont islandais. Les poèmes de l’Edda sont conservés dans des manuscrits du XIIIe siècle, mais ils peuvent être bien plus anciens. Snorri Sturluson, lui, écrit vers 1220, plus de deux siècles après la conversion de l’île au christianisme.
L’essentiel en quelques lignes
Dans les textes, Freyja est une déesse de la magie (le seiðr), de l’or et des affaires de cœur. Elle choisit aussi la moitié des guerriers tués au combat. Elle possède un char tiré par des chats et un collier célèbre, le Brísingamen. Le détail de chaque attribut, avec sa source, suit plus bas.
Frey et Freya, un seigneur et une dame
Freyr, que le français écrit souvent Frey, est le frère de Freyja. Snorri Sturluson, un chef islandais qui a mis les mythes par écrit vers 1220, les présente tous deux comme enfants de Njörd, un dieu lié à la mer. Le couple « Frey et Freya » est donc une fratrie, et leurs noms se répondent.
Ces deux noms sont des titres de respect. Les textes donnent d’autres noms à Freyja, comme Gefn, « la donatrice », Sýr, « la truie », ou Vanadís, la dís (femme divine) des Vanes.
Une Vane arrivée chez les Ases
Pour comprendre sa place, il faut remonter à une guerre. Les Vanes sont des dieux liés à la richesse et à la fertilité. Les Ases forment la famille d’Odin et de Thor. La Völuspá, un poème de l’Edda poétique, présente ce combat dans sa strophe 21 comme la première guerre du monde.
L’Edda poétique est un recueil de poèmes mythologiques copié en Islande vers 1270. L’Edda de Snorri est un manuel écrit vers 1220 pour que les poètes connaissent les mythes de leurs aînés. Les poèmes sont sans doute plus anciens que leur copie, mais on ne sait pas de combien.
La paix se conclut par un échange d’otages. Dans l’Ynglinga saga, un récit sur les premiers rois de Norvège que Snorri écrit vers 1230, les Vanes envoient Njörd et Freyr, et les Ases envoient deux de leurs dieux, Hœnir et Mímir. La saga montre ensuite Freyja parmi les Ases, où elle préside aux sacrifices. C’est elle qui leur apprend le seiðr, une pratique magique liée au destin et aux visions, habituelle chez les Vanes. Odin finit par la pratiquer aussi, et Loki le lui reproche dans la Lokasenna, un poème de l’Edda.
La même strophe de la Völuspá parle d’une Gullveig, dont le nom évoque l’or, brûlée trois fois par les Ases. Certains chercheurs y voient Freyja. Aucun texte ne le dit.
Ce que les textes lui attribuent
Dans la Þrymskviða, un poème de l’Edda, le géant Thrym a volé le marteau de Thor et ne le rendra qu’en échange de Freyja. Loki lui emprunte son manteau de plumes de faucon pour aller le trouver. Au retour, les dieux lui demandent d’épouser le géant. Elle refuse avec une telle colère que toute la salle des Ases tremble et que son collier se brise (strophe 13). Thor ira donc au mariage déguisé en mariée.
Chaque attribut a sa source.
- Le char à chats. Snorri la décrit dans la Gylfaginning, première partie de son Edda, roulant sur un char tiré par deux chats.
- Le Brísingamen. Ce collier est cité dans la Þrymskviða. Un court récit tardif du XIVe siècle, le Sörla þáttr, raconte qu’elle l’obtient de quatre nains en passant une nuit avec chacun.
- Le sanglier. Dans le poème Hyndluljóð, elle chevauche Hildisvíni, « porc de combat », et le nom Sýr rappelle l’animal.
- Les larmes d’or. Son époux Ód part en voyage et elle le cherche en pleurant de l’or rouge, dit la Gylfaginning.
- Les morts au combat. Selon le poème Grímnismál (strophe 14), sa demeure est Fólkvangr, où se dresse sa salle Sessrúmnir, et elle choisit chaque jour la moitié des tués, Odin gardant l’autre. Les valkyries, dont le nom désigne celles qui choisissent les tués, ont la même tâche, et la Saga de Njáll donne pour cette raison à Freyja le nom de Valfreyja. Dans la saga d’Egill, sa fille Thorgerd refuse de manger avant d’être chez Freyja, ce qui annonce sa mort.
Attesté ou inventé ?
Tout ce qui précède figure dans des textes, même tardifs. Le reste se range ainsi.
- Supposé par des chercheurs : l’idée d’une Grande Déesse Mère en trois visages, Freyja, Frigg et Skadi. Aucun texte ancien ne réunit ces trois figures. Le lien avec Nerthus, une divinité de la terre que décrit Tacite dans la Germanie (chapitre 40), et le rapprochement avec Vénus relèvent de la même prudence.
- Moderne : l’ambre comme larmes de Freyja, que les textes anciens ne mentionnent pas. Un tatouage viking à son effigie ne peut s’appuyer que sur les attributs cités plus haut. La rune Gebo, « don », est rapprochée de Gefn par des auteurs récents, sans aucun texte ancien pour l’établir.
Freyja et Frigg
Les deux déesses se ressemblent de loin. Leurs noms sonnent de façon voisine. Leurs compagnons aussi, puisque Ód porte un nom de la famille de celui d’Odin. Enfin le vendredi, « jour de Vénus » en latin, a reçu dans les langues germaniques le nom d’une déesse. La plupart des spécialistes y voient Frigg, d’autres Freyja.
Dans les textes, pourtant, elles restent deux figures distinctes.
| Freyja | Frigg | |
|---|---|---|
| Famille | Vane, fille de Njörd | Ase, épouse d’Odin |
| Compagnon | Ód | Odin |
| Enfants | Hnoss et Gersimi | Baldr |
| Demeure | Sessrúmnir | Fensalir |
| Rôle dans les récits | Seiðr, morts au combat, char à chats | Serments des êtres pour protéger Baldr |
Certains historiens se demandent si les deux figures ne viennent pas d’une seule déesse plus ancienne, que la tradition aurait dédoublée. Aucun texte ne l’affirme.
Le jeu God of War (2018) fait de Freya la mère de Baldur, alors que les textes donnent Frigg pour mère à Baldr.
Sources
- Völuspá, Grímnismál, Lokasenna, Þrymskviða, Hyndluljóð (Edda poétique)
- Snorri Sturluson, Edda (Gylfaginning) et Ynglinga saga
- Sörla þáttr
- Saga de Njáll le Brûlé et saga d’Egill
- Tacite, Germanie, chapitre 40
Questions fréquentes
Freyja est-elle la déesse de l’amour ?
Snorri écrit qu’il est bon de l’invoquer pour les affaires de cœur. L’étiquette de « déesse de l’amour » reste pourtant trop étroite, puisqu’elle est aussi liée à la magie et aux morts au combat. Dans la Lokasenna, Loki l’accuse d’avoir couché avec tous les dieux. Ce sont des insultes lancées lors d’un banquet, qui ne disent rien du culte.