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Runes Sowilo : signification, nom et poèmes runiques de la rune du soleil

Le poème runique anglo-saxon dit que le soleil est « toujours une joie pour les marins » qui voyagent sur « le bain des poissons » jusqu’à ce que « le coursier des profondeurs » les ramène à terre.

La rune Sowilo (ᛊ) note le son « s » et son nom signifie « soleil ». Les trois poèmes runiques médiévaux la décrivent chacun à leur façon. Les sens de « clarté » et de « réussite » relèvent de la divination moderne, et le sens ésotérique de « victoire » vient d’un auteur autrichien de 1908. Cette page sépare ces couches, puis explique pourquoi sa forme doublée rappelle aujourd’hui l’insigne des SS.

Une rune du son « s », seizième du futhark ancien

Le futhark ancien est l’alphabet de 24 runes utilisé du IIe au VIIIe siècle environ. On le découpe en trois groupes de huit runes, appelés ætts. Sowilo est la seizième, la dernière du deuxième ætt, celui qui s’ouvre sur Hagalaz. Elle suit Algiz et précède Tiwaz, qui ouvre le groupe suivant.

Elle s’écrit ᛊ ou ᛋ, selon la forme choisie, et note à l’origine le son [s].

Un nom qui veut dire « soleil »

Aucune inscription ne donne le nom de la rune. Les linguistes le reconstruisent sous la forme *sōwilō, l’astérisque signalant un mot que personne n’a jamais lu écrit.

Cette reconstruction repose sur des noms bien attestés. Le poème anglo-saxon l’appelle sigel. Les poèmes norvégien et islandais l’appellent sól, en vieux norrois, la langue des Scandinaves du Moyen Âge. Un manuscrit conservé à Vienne, le Codex Vindobonensis 795, donne enfin sugil pour la lettre correspondante de l’alphabet gotique, celui qui note la langue des Goths, un peuple germanique.

En vieux norrois, sól désigne aussi Sól, la personnification du Soleil.

Dans les langues germaniques, le mot « soleil » présente deux familles de formes, dont l’histoire est complexe. L’une donne l’anglais sun et l’allemand Sonne, l’autre le norrois sól et le gotique sauil. Cette alternance entre un « n » et un « l » remonte, selon les linguistes, à l’indo-européen, la langue ancêtre commune, et le latin sol appartient à la même famille. Le g de sigel reste discuté. Beaucoup y voient la trace d’une ancienne forme en « l », d’autres proposent le latin sigillum, le sceau.

Ce que disent les trois poèmes runiques

Chaque poème parcourt les runes l’une après l’autre en leur consacrant une courte strophe. Les traductions ci-dessous suivent celles de Bruce Dickins (1915).

« Le soleil est toujours une joie pour les marins (ou : l’espoir des marins) quand ils voyagent sur le bain des poissons, jusqu’à ce que le coursier des profondeurs les ramène à terre. »

Poème runique anglo-saxon, rune sigel

« Le soleil est la lumière du monde ; je m’incline devant le jugement divin. »

Poème runique norvégien, rune sól

« Soleil : bouclier des nuages, rayon brillant, destructeur de la glace. »

Poème runique islandais, rune sól

« Le bain des poissons » désigne la mer, et « le coursier des profondeurs », le navire. Le poème anglo-saxon est le seul à parler de marins, de traversée et de retour à terre.

Le poème islandais décrit un astre qui perce les nuages et fait fondre la glace. Aucun des trois ne parle de victoire ni de réussite, et aucun ne nomme de dieu.

Une lettre empruntée aux Étrusques

La rune est un emprunt. Elle reprend le s de l’alphabet italique, celui des Étrusques, un peuple de l’Italie ancienne, ou celui des Latins. Cette lettre vient elle-même du sigma grec (Σ). On trouve la rune dès les inscriptions les plus anciennes, aux IIe et IIIe siècles, à Vimose, au Danemark, et à Kovel, en Ukraine actuelle.

Sa forme a changé. Les premières inscriptions, du IIIe au Ve siècle, la dessinent en Σ à quatre traits, comme sur la pierre de Kylver, à Gotland. Les plus tardives, du Ve au VIIe siècle, la dessinent en S à trois traits, comme sur les cornes d’or de Gallehus. Le futhark récent, l’alphabet de 16 runes de l’époque viking, la garde sous le nom de sól.

De la Siegrune à l’insigne des SS

Rien de ce qui suit ne vient des poèmes.

En 1908, l’écrivain autrichien Guido von List, nationaliste et occultiste, publie Das Geheimnis der Runen (« Le secret des runes »). Il y présente 18 runes qu’il dit « armanistes », fondées sur le futhark récent. L’armanisme est sa doctrine occultiste. List affirme que ces runes lui ont été révélées pendant une cécité temporaire, après une opération de la cataracte en 1902.

Sowilo y devient la Siegrune, « rune de la victoire » en allemand, un nom qui vient probablement de l’anglo-saxon sigel. Le sens ésotérique moderne de « victoire » attaché à cette rune date donc de List.

En 1933, Walter Heck en tire l’insigne de la Schutzstaffel (SS), l’organisation du régime nazi. Il dessine deux Siegrunes côte à côte, comme des éclairs, et toutes les branches de la SS l’adoptent. La Siegrune simple figure aussi sur les emblèmes de la Jeunesse hitlérienne. Des groupes néonazis réutilisent aujourd’hui plusieurs runes, dont celle-ci.

Pour un tatouage ou un bijou, la forme doublée en éclairs se lit comme l’insigne SS. Plusieurs pays, dont l’Allemagne, l’Autriche et la France, interdisent d’afficher publiquement les symboles nazis, avec des exceptions pour les usages éducatifs et selon des conditions qui varient d’un pays à l’autre. Avant un tatouage viking, vérifiez donc le dessin, ses associations, la législation locale et le contexte où vous le porterez.

Ce que la divination en a retenu

La divination runique est une pratique moderne, apparue au XXe siècle. Elle sert d’outil de réflexion et ne prédit rien. Elle lit Sowilo comme la clarté, la réussite, l’énergie qui revient.

Imaginez que vous tiriez cette rune après des semaines d’hésitation. La lecture moderne vous invite alors à vous demander ce qui, en ce moment, vous apparaît clairement. Le tirage des runes du site affiche, pour chaque rune, la strophe des poèmes médiévaux et précise ce qui relève de l’usage moderne.

Les 23 autres runes de l’alphabet sont présentées dans la page consacrée aux 24 runes du futhark.

Mise à jour le 18 octobre 2026. Qui est Maël ?