Fehu runes : sens de la rune ᚠ, poèmes runiques et usage moderne
Le nom de la rune Fehu a un équivalent exact dans l’alphabet gotique, faihu, ce qui est rare parmi les runes et rend sa forme reconstruite très sûre.
Fehu (ᚠ) ouvre le futhark, l’alphabet runique dont le nom est formé des six premières runes, ᚠ ᚢ ᚦ ᚨ ᚱ ᚲ. Son nom ancien signifie « bétail », puis « richesse ». Trois poèmes du Moyen Âge la décrivent et ne disent pas la même chose. L’un y voit un réconfort qu’il faut partager, les deux autres une cause de dispute entre parents. Les lectures actuelles autour de l’argent et du tirage datent, elles, du XXe siècle.
Un nom qui veut dire « bétail »
En vieux norrois, la langue des Scandinaves du Moyen Âge, la rune s’appelle fé. En anglo-saxon (le vieil anglais, parlé par les Anglo-Saxons), elle s’appelle feoh. Dans les deux langues, le mot désigne le bétail, et par extension les biens qu’on peut déplacer et échanger.
Un troisième nom, *fehu, porte un astérisque qui signale une forme reconstruite. C’est un mot du proto-germanique, la langue commune d’où descendent l’allemand, l’anglais et les langues scandinaves. Personne ne l’a lu tel quel dans un texte. Les linguistes le déduisent en comparant les langues filles.
Cette déduction est ici très solide. Un manuscrit médiéval, le Codex Vindobonensis 795, donne le nom de la lettre gotique 𐍆, faihu. Le gotique est la langue des Goths, un peuple germanique ancien. Le vieux saxon avait aussi fehu.
Le mot a de la famille. On le retrouve dans l’allemand Vieh, le néerlandais vee, le suédois fä et le latin pecus (d’où « pécuniaire »). L’anglais fee en descend aussi, avec le sens de « paiement pour un droit ou un service ».
Le son, la forme, la place
La rune note le son f en début de mot. Un prénom comme Félix commencerait donc par ᚠ. Pour savoir comment un prénom s’écrit selon l’époque choisie, l’outil prénom en runes explique qu’on suit les sons et non les lettres.
La forme vient probablement de la lettre étrusque 𐌅 (v), l’alphabet d’un peuple d’Italie centrale. Celle-ci descend du digamma grec Ϝ, lui-même issu du waw phénicien. Certains savants pensent que les deux branches tournées vers le haut ont été conservées parce qu’elles rappelaient des cornes de bovin. C’est une hypothèse. Les débats sur l’origine de l’écriture runique sont résumés dans l’article sur l’alphabet runique.
Fehu est la première rune de tous les futharks. Dans le futhark ancien, 24 runes en usage du IIe au VIIIe siècle, elle ouvre la première ætt, un groupe de huit runes. Elle ouvre aussi le futhark récent, réduit à 16 signes à l’époque viking, ainsi que le futhark anglo-frison, celui des Anglo-Saxons et des Frisons. Elle reste en tête des runes médiévales plus tardives et des runes de Dalécarlie, une région de Suède où l’on a écrit en runes jusqu’au XIXe siècle.
Ce que disent les trois poèmes runiques
Un poème runique est un texte médiéval qui consacre une courte strophe à chaque rune. Il en existe trois versions, norvégienne, islandaise et anglo-saxonne. Le tirage des runes du site affiche ces strophes, traduites d’après l’édition de Bruce Dickins (1915).
Le poème anglo-saxon, qui mentionne le Seigneur, fait de la richesse un réconfort pour tous, à condition de la donner largement. Le poème norvégien y voit une source de discorde entre parents, et ajoute que le loup vit dans la forêt. Il ne dit pas pourquoi le loup apparaît dans ce vers. Le poème islandais parle lui aussi de discorde entre parents.
Il y joint deux kennings, des périphrases poétiques qui désignent une chose sans la nommer. « Feu de la mer » et « chemin du serpent » veulent dire l’or.
Ce que le XXe siècle en a fait
Tirer les runes pour réfléchir est une pratique moderne, apparue au XXe siècle. Dans la Germanie (chapitre 10), l’auteur romain Tacite décrit des baguettes marquées de signes que l’on tirait au sort. Il ne dit pas que ces signes étaient des runes.
Les livres de divination font de Fehu la rune des biens, de ce qu’on gagne et de ce qu’on en fait. Cette lecture prolonge le dilemme des poèmes anciens, garder ou donner. Le tirage du site le présente comme un outil de réflexion. La question associée à Fehu y est : « Qu’avez-vous en main en ce moment, et à qui pourriez-vous en donner une part ? » La rune Gebo, celle du don, y répond de l’autre côté.
Attesté ou inventé ?
Les livres modernes nomment la première ætt d’après le dieu Freyr. De là vient le rapprochement entre Fehu et Freyja, que les trois strophes n’établissent pas. Quant à la rune « renversée », elle n’existe que dans les tirages modernes.
| Sujet | Textes anciens | Ajouté depuis |
|---|---|---|
| Sens | « bétail », puis « richesse » | « argent », gain, prospérité (livres du XXe siècle) |
| Message | réconfort à partager, ou discorde entre parents | promesse de réussite financière |
| Freyja | aucune des trois strophes ne la nomme | rapprochement des livres modernes |
| Rune « renversée » | inconnue des poèmes | propre aux tirages modernes |
Questions fréquentes
Fehu signifie-t-elle « argent » ?
À l’origine, le mot désigne le bétail, puis les biens que l’on peut déplacer. Le vieil anglais feoh signifie aussi « argent » à côté de « bétail ». Le sens d’argent est donc une extension, que l’anglais fee conserve encore.
Fehu note-t-elle toujours le son f ?
Au début d’un mot, la rune se lit f. Dans les autres positions, on lui attribue la valeur v. L’anglais garde une trace de ce glissement avec leaf et leaves.