Rune Laguz signification : le nom, les poèmes runiques et le sens moderne de ᛚ
Les trois poèmes runiques médiévaux donnent à la rune ᛚ un même sens d’eau, mais y voient tour à tour une mer redoutable, une cascade et un geyser.
Laguz est le nom donné à la rune ᛚ, qui note le son « l ». Son nom ancien veut dire « eau » ou « lac », et trois poèmes médiévaux lui consacrent une strophe chacun. Ils y voient une mer qui effraie, une cascade et un courant tourbillonnant. Aucun ne parle d’intuition ni d’émotions, car ce sens appartient à la divination moderne.
Un nom d’eau, une place dans l’alphabet
Les noms des runes du futhark ancien sont reconstruits. Cet alphabet, le plus ancien des alphabets runiques, a été utilisé du IIe au VIIIe siècle. Il tire son nom de ses six premières lettres, ᚠ ᚢ ᚦ ᚨ ᚱ ᚲ. Les runologues, qui étudient les écritures runiques, retrouvent donc ces noms à partir de poèmes plus récents. Pour ᛚ, la forme reconstruite est Laguz.
Les poèmes, eux, l’appellent lagu en vieil anglais et lögr en norrois, la langue des Scandinaves du Moyen Âge. Les deux mots signifient « eau » ou « lac ».
Le futhark ancien compte 24 runes, rangées en trois familles de huit appelées ætt. Laguz est la cinquième rune de la troisième. Cette famille s’ouvre avec Tiwaz, qui porte le nom du dieu Týr, et Laguz vient juste après Mannaz. Les spécialistes rapprochent la forme de ᛚ du L des alphabets de l’Italie ancienne, dont les runes se sont sans doute inspirées.
Ce que disent les trois poèmes
Un poème runique est un texte court qui consacre une strophe à chaque rune. Ces poèmes nous sont parvenus dans des manuscrits médiévaux, des livres copiés à la main. Il en existe trois traditions, anglo-saxonne, norvégienne et islandaise. Les traductions suivent l’édition de l’érudit britannique Bruce Dickins (Runic and Heroic Poems of the Old Teutonic Peoples, Cambridge University Press, 1915) et ont été mises en français par Norrois.
Ce que dit le texte
« L’océan semble sans fin aux hommes, s’ils s’aventurent sur la barque qui roule, si les vagues de la mer les effraient et si le coursier des profondeurs n’obéit plus à sa bride. »
« Une cascade est une rivière qui tombe du flanc d’une montagne ; mais les parures sont d’or. »
« Eau : courant qui tourbillonne, vaste geyser, pays du poisson. »
Le poème anglo-saxon raconte une traversée. Le « coursier des profondeurs » désigne sans doute le navire. Dans cette strophe, l’eau devient ce que les marins ne parviennent plus à contrôler.
Le poème norvégien montre une rivière qui se jette du haut d’une montagne. La seconde moitié de la strophe parle de parures d’or, et on ignore quel lien l’auteur y voyait.
Le poème islandais accumule des images d’eau vive. Le geyser, mot islandais (geysir) devenu courant en français pour une source qui jaillit en gerbe d’eau chaude, y côtoie le courant qui tourbillonne. Le « pays du poisson » est sans doute une façon de dire la mer.
Attesté ou ajouté ?
Les pages consacrées à Laguz prêtent souvent à la rune bien plus que ces trois strophes. Le tableau sépare les deux.
| Sujet | Dans les poèmes médiévaux | Ajouté depuis |
|---|---|---|
| Sens général | Eau, mer, cascade, courant, geyser | Intuition, émotions, subconscient |
| Voyage | Une traversée périlleuse, une mer qui effraie | Protection pendant les déplacements |
| Féminin et divinités | Rien | « Énergie féminine », déesses de l’eau |
| Animaux, fleurs, arbres | Rien | Associations de livres modernes |
| Pouvoirs | Rien | Clairvoyance, contrôle des rêves |
Les systèmes modernes d’interprétation rune par rune et les tirages contemporains datent en grande partie du XXe siècle. Tacite, historien romain, décrit vers l’an 98, dans la Germanie (chapitre 10), des Germains qui tirent au sort des baguettes marquées de signes. Il ne dit pas que ces signes sont des runes. L’existence de pratiques germaniques de tirage au sort reste un sujet distinct, et discuté par les historiens.
Où la rune apparaît
La pierre de Kylver, trouvée à Gotland, une île suédoise de la Baltique, porte vers 400 l’une des plus anciennes séquences complètes du futhark. Elle se termine par la suite tbemlŋdo, où l’on reconnaît ᛚ en cinquième position.
Deux bractéates, de fins médaillons d’or, dites de Vadstena et de Mariedamm, datent du VIe siècle. Elles découpent la série en trois groupes de huit signes, dont le dernier contient Laguz.
Ces inscriptions montrent ᛚ à sa place dans l’alphabet. Elles ne disent rien du sens que lui donnait la personne qui gravait.
Le sens moderne, comme question
Les ouvrages de divination du XXe siècle ont attaché à chaque rune un sens de réflexion personnelle. Pour Laguz, ils retiennent l’eau, ce qui coule et ce qu’on ne maîtrise pas. Cette lecture est récente. Parmi les trois strophes, celle du poème anglo-saxon, avec sa mer qui échappe aux marins, s’en approche le plus.
Imaginez que vous changiez de ville, qu’un projet avance plus vite que prévu ou qu’une conversation file dans une direction que vous n’aviez pas choisie. La rune peut alors servir à nommer ce qui vous échappe.
Sources
- Bruce Dickins, Runic and Heroic Poems of the Old Teutonic Peoples, Cambridge University Press, 1915 (traduction française de Norrois)
- Wikipédia, « Rune »
- Wikipédia, « Vieux futhark »
- Wikipedia, « Runes »
Questions fréquentes
Quelle est la rune de protection la plus puissante ?
Aucune source ancienne ne classe les runes par puissance ni ne dresse de liste de runes protectrices. Les poèmes décrivent chaque rune par une image, un objet ou un danger. Les listes de runes « de protection » viennent d’ouvrages modernes.
Que veut dire une rune Laguz renversée ?
Les poèmes ne connaissent pas de rune renversée. Cette lecture est une convention de la divination moderne, qui varie selon les auteurs. Vous pouvez la laisser de côté et relire la strophe.
Où trouver la signification de chaque rune ?
Chaque rune du futhark ancien a un nom reconstruit, un son et, selon les cas, une à trois strophes de poèmes runiques. Norrois consacre une page à chacune des 24, qui sépare ces strophes du sens moderne.