Valknut : où on le trouve vraiment, d’où vient son nom et ce qu’il peut signifier
Sur l’anneau d’or de la rivière Nene, daté des VIIIe-IXe siècles, le valknut est gravé sans un mot d’explication.
Le valknut est un signe fait de trois triangles entrelacés. Il apparaît sur quelques objets du haut Moyen Âge, en Scandinavie et en Angleterre. Son nom est moderne, et personne ne sait ce que les gens de l’époque voulaient dire en le traçant. Les explications que l’on rencontre sur sa signification sont des hypothèses de chercheurs, parfois discutées, ou des lectures récentes sans appui dans les textes anciens.
Trois triangles, deux façons de les tracer
Parmi les objets connus, on décrit généralement deux versions du signe. Elles se ressemblent de loin, mais leur construction diffère.
Forme unicursale. Le motif se trace d’un seul trait continu qui revient à son point de départ. Les mathématiciens y reconnaissent un nœud de trèfle, une structure que l’on retrouve aussi dans la triquetra, motif de trois arcs entrelacés. L’aspect visuel des deux figures reste différent.
Forme tricursale. Trois triangles séparés sont passés les uns dans les autres. Aucun n’est lié directement à un autre, mais on ne peut pas en retirer un sans défaire l’ensemble. Les mathématiciens parlent d’anneaux borroméens, trois anneaux liés qui se défont dès qu’on en retire un.
D’autres variantes seraient possibles sur le papier. Les objets retrouvés jusqu’ici n’en montrent pas, même si les descriptions du motif varient selon les auteurs.
Où on le trouve vraiment
Le signe est observé dès le VIIe siècle. Voici les objets sur lesquels il figure, avec la forme qu’ils portent.
Sur l’île suédoise de Gotland, les pierres figurées, grandes dalles dressées sculptées de scènes, en offrent deux exemples. La pierre de Tängelgårda porte la forme unicursale. Une des pierres de Stora Hammars, dite Stora Hammars I, porte la forme tricursale.
L’anneau de la rivière Nene est un anneau d’or anglo-saxon trouvé en Angleterre. On le date des VIIIe-IXe siècles, et le signe y occupe le premier plan. Il est lui aussi tricursal.
Le navire d’Oseberg est une sépulture norvégienne de l’âge viking, près de Tønsberg. Le signe est sculpté sur un poteau de lit richement décoré. Il figure aussi sur des fragments de tapisserie trouvés dans la tombe.
Ces objets ont été faits à plusieurs siècles d’écart, parfois avant l’âge viking proprement dit. Aucun ne porte de légende. La pierre de Snoldelev, du IXe siècle, montre un autre signe à trois cornes. Certains y voient un parent du valknut, sans que rien ne le prouve.
Un nom moderne
Le mot valknut vient du norvégien et n’est pas attesté en vieux norrois. Le spécialiste Hellers rappelle pourtant qu’il existait au XVIIIe siècle, pour désigner un nœud double en forme de S et un motif de tapisserie. Ces formes ressemblent peu au signe actuel. Le lien entre elles reste incertain.
La seconde moitié du mot ne pose pas de problème, car knútr veut dire « nœud ». La première est discutée. Val pourrait être « le choix », « le faucon », « celui qui est tombé au combat », « la phalange » ou encore un bâton arrondi. Hellers juge probable, si le mot a existé, qu’il ait signifié « nœud de ceux qui sont tombés au combat ». De là vient le « nœud des occis » qu’on lit partout. D’autres chercheurs y voient plutôt un heiti, un nom poétique, désignant le cœur.
Ce que proposent les spécialistes
Odin et le pouvoir de lier. Hilda Ellis Davidson remarque que sur plusieurs pierres un nœud accompagne Odin à cheval. Elle y voit le pouvoir du dieu de lier et de délier, mentionné dans les poèmes. Odin pouvait paralyser les guerriers adverses, ou au contraire les libérer de la peur par la fureur du combat, l’ivresse et l’inspiration. Elle relève aussi des signes proches près de loups et de corbeaux sur des urnes funéraires anglo-saxonnes d’East Anglia. Dans sa lecture, le signe évoque aussi le pouvoir d’Odin de libérer, voire d’entraver, les einherjar, les guerriers morts reçus par lui. Il s’agit d’une théorie, et aucun texte ne la confirme.
Le cœur de Hrungnir. Dans le Skáldskaparmál, la partie de l’Edda de Snorri consacrée au langage des poètes, le géant (jötunn) Hrungnir possède un cœur de pierre. Snorri le décrit ainsi :
« Hrungnir avait un cœur réputé. Il était fait d’une rude pierre à trois angles, tout comme le symbole sculpté nommé hrungnishjarta. »
Hrungnishjarta signifie « cœur de Hrungnir ». Snorri écrit au XIIIe siècle et ne dit pas à quoi ressemblait ce signe. La comparaison avec le valknut est donc un rapprochement des modernes, et aucun texte n’établit l’identité des deux figures.
Les rites mortuaires. Rudolf Simek note que le signe apparaît près d’Odin sur des pierres, puis dans les objets déposés dans la tombe d’Oseberg. Il en conclut qu’il a pu être associé à des pratiques religieuses autour de la mort. Il dit « peut », et le mot compte.
Attesté ou inventé ?
| Affirmation | Ce que montrent les sources anciennes | Statut |
|---|---|---|
| Le signe existe au haut Moyen Âge | Pierres de Gotland, anneau de la Nene, lit et tapisserie d’Oseberg | Attesté |
| Il s’appelait « valknut » | Mot absent du vieux norrois | Nom moderne |
| Il est lié à Odin | Voisinage avec Odin sur des pierres | Hypothèse (Davidson) |
| Il touche à la mort | Pierres et mobilier funéraire | Hypothèse (Simek) |
| Il figure le passé, le présent et l’avenir | Aucun texte, aucun objet | Moderne, sans source |
| Il relie les neuf mondes | Aucun lien dans les textes | Moderne |
Les trois nornes, les femmes qui fixent le destin, s’appellent Urd (le passé), Verdandi (le présent) et Skuld (l’avenir). Aucun texte ancien ne les associe à un signe de trois triangles. Cette lecture circule beaucoup, et elle est récente. De même, aucun texte ne relie les neuf mondes de la cosmologie nordique à ce signe ni à Yggdrasil, l’arbre qui porte le monde.
Du côté des runes, Nigel Pennick y voit une variante de Thurisaz, et Edred Thorsson trois Laguz réunies. Ces lectures sont celles d’auteurs modernes.
Le signe a ensuite connu une vie moderne. Des adeptes de l’Asatru, le néopaganisme inspiré de l’ancienne religion nordique, l’emploient comme symbole religieux. Il sert aussi pour des tatouages, des logos d’entreprise et dans le jeu vidéo : dans Civilization VI, c’est l’emblème de la Norvège. Des suprémacistes blancs l’ont aussi repris.
Questions fréquentes
Le valknut est-il un symbole viking ?
Le terme est approximatif. Certains objets, comme l’anneau de la Nene, sont anglo-saxons. D’autres, comme les pierres de Gotland, sont plus anciens que l’âge viking ou le chevauchent. Parler de signe germanique et scandinave du haut Moyen Âge est plus juste.
Le valknut est-il un symbole d’extrême droite ?
Le signe existait bien avant ces usages. Des groupes suprémacistes l’ont repris, mais d’autres personnes l’emploient pour des raisons religieuses ou esthétiques. Seul le contexte (le texte qui l’accompagne, les autres symboles, le groupe) permet de comprendre ce qu’on veut dire en le montrant.