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Yggdrasil, l’arbre-monde : ce que disent les sources sur ses racines, ses habitants et les neuf mondes

Dans la strophe 31 de Grímnismál, Odin affirme que sous les trois racines d’Yggdrasil vivent Hel, les géants du givre et les humains.

Déguisé en Grímnir, Odin récite au jeune Agnar ce qu’il sait du monde dans ce poème de l’Edda (un recueil de poèmes islandais), et une bonne part de sa leçon porte sur un arbre. Yggdrasil est le grand frêne qui se dresse au centre du cosmos. Il a trois racines, des sources à son pied et des animaux qui montent et descendent son tronc. Les neuf mondes, eux, sont annoncés dans un autre poème sans jamais être nommés, et la carte qu’on vous en montre le plus souvent est en grande partie une reconstruction.

Un nom qui veut dire « cheval »

Yggdrasill (avec deux l en norrois, la langue des anciens Scandinaves) se comprend le plus souvent « cheval d’Ygg ». Ygg, « le Redoutable », est l’un des noms d’Odin, et drasill est un mot poétique pour « cheval ». Or la potence se disait en poésie « cheval du pendu », ce qu’on appelle un kenning, une périphrase poétique. La potence d’Odin serait ainsi devenue son « cheval », puis le nom de l’arbre.

D’autres lectures existent. F. Detter y voit un « arbre de la terreur », F. R. Schröder un « pilier d’if », et Anatoly Liberman pense que le nom désignait d’abord le cheval d’Odin lui-même. Aucune hypothèse ne s’impose. On discute même de savoir si Yggdrasill nomme l’arbre seul ou seulement l’expression askr Yggdrasill, « le frêne d’Yggdrasill ».

Où les textes parlent de l’arbre

Trois poèmes de l’Edda poétique le citent : la Völuspá (« la prédiction de la voyante »), les Hávamál (« les paroles du Très-Haut ») et Grímnismál. Ce recueil a été copié au XIIIe siècle d’après des traditions plus anciennes. Un autre recueil du même siècle, l’Edda de Snorri, est un manuel de mythologie écrit par l’Islandais Snorri Sturluson.

Dans la Völuspá, une völva, une voyante, parle à Odin. Elle se souvient de neuf mondes, et de l’arbre quand il n’était encore qu’une graine sous terre (strophe 2). À la strophe 27, elle dit que l’ouïe de Heimdall est cachée sous l’arbre. La dernière mention vient à la strophe 45, quand commence le Ragnarök, la bataille qui met fin au monde.

Grímnismál ajoute une scène de tribunal. Les ponts des dieux brûlent, dit Odin à la strophe 29, et Thor doit passer plusieurs rivières à gué pour aller siéger « au frêne d’Yggdrasill ». Les autres dieux y vont à cheval, et le poème donne les noms de leurs montures.

Trois racines, trois sources

À la strophe 31, Odin compte trois racines, poussées dans trois directions. Sous la première vit Hel (la souveraine du royaume des morts), sous la deuxième les géants du givre, sous la troisième les humains.

Chaque racine est associée à une source. Le lac d’Urd (Urðarbrunnr) est celui des trois nornes, des êtres féminins qui fixent le destin. Elles s’appellent Urd, Verdandi et Skuld, et la Völuspá (strophes 19 et 20) dit qu’elles entaillent le bois, posent des lois et choisissent la vie des humains. Le puits de Mímir (Mímisbrunnr) porte le nom de Mímir, dont Odin consulte la tête au début du Ragnarök, d’après la strophe 45 de la Völuspá. Hvergelmir, enfin, est la source au-dessus de laquelle Níðhöggr ronge sa racine.

Qui vit dans l’arbre

  • Nídhögg (Níðhöggr) : un dragon en bas, à la racine. Grímnismál le désigne comme celui à qui Ratatosk porte un message.
  • Ratatosk (Ratatoskr) : l’écureuil qui court sur le tronc. À la strophe 32, il apporte « la parole de l’aigle », depuis le haut, à Níðhöggr.
  • L’oiseau du sommet : un aigle, selon Grímnismál. Un faucon, Veðrfölnir, figure aussi parmi les habitants de l’arbre.
  • Quatre cerfs : Dáinn, Dvalinn, Duneyrr et Duraþrór broutent les plus hautes branches (strophe 33). Un cinquième, Eikthyrnir, laisse couler de ses bois l’eau qui tombe dans Hvergelmir.
  • Heidrun : une chèvre qui broute près du sommet.
  • Les serpents : à la strophe 34, Odin dit qu’il y en a sous l’arbre « plus que tout sot ne peut l’imaginer ». Il cite Góinn, Móinn, Grábakr et d’autres, qui rongent les branches.

Attesté ou inventé ? Les neuf mondes

Ce que disent les poèmes. La Völuspá (strophe 2) parle de neuf mondes sans les nommer. Aucun poème n’en donne la liste d’une traite. Aucun texte ne dessine non plus une carte, ni ne dit que les mondes reposent sur les branches ou les racines. Ce que Grímnismál place sous les racines (Hel, les géants du givre, les humains) ne ressemble pas à la répartition courante, avec Asgard en haut, Midgard au milieu et Niflheim en bas.

Ce qu’on a reconstruit. Les listes modernes réunissent neuf noms terminés par heimr (« monde ») ou garðr (« enclos ») : Ásgard, Vanaheim, Álfheim, Midgard, Jötunheim, Svartalfheim, Niflheim, Muspellheim et Helheim. Les variantes abondent. Un royaume des nains, Nidavellir, s’ajoute parfois. Niflheim et Helheim se confondent aussi, sous le nom de Niflhel, « Hel sombre ». Snorri raconte que Thor, d’un coup de Mjöllnir, envoie le géant bâtisseur « tout en bas, au-dessous de Niflhel ». Des recherches récentes proposent que les neuf noms aient tous pris la forme en heim (Midgard se serait dit Mannheim, Asgard Godheimr), et que des lieux aient été pris pour des mondes. La grande carte aux neuf planètes reliées par des branches, que montrent certaines adaptations de Marvel, ne vient donc d’aucun poème.

Odin pendu à un arbre sans nom

À la strophe 138 des Hávamál, Odin raconte qu’il s’est offert en sacrifice à lui-même, pendu à un arbre, percé d’une lance, pendant neuf nuits. À la strophe 139, il dit n’avoir eu ni nourriture ni boisson. Il regarde vers le bas, saisit les runes en criant, puis retombe. Il en fait ensuite un outil de magie et de poésie pour les humains.

Le poème ne nomme pas l’arbre, et d’autres arbres existent dans les mythes. La plupart des chercheurs y reconnaissent pourtant Yggdrasil, une interprétation très répandue mais qui reste une interprétation. Si elle est juste, le « cheval d’Odin » prend tout son sens. Les signes saisis ce jour-là sont ceux du futhark, l’alphabet runique ancien, puis celui de l’époque viking.

Questions fréquentes

Yggdrasil est-il un frêne ou un if ?

Les poèmes et Snorri emploient le mot askr, « frêne ». On rapproche aussi la rosée de l’arbre du miellat, un liquide sucré que des insectes déposent sur le frêne, ce qui va dans le même sens. L’étymologie par l’if, évoquée plus haut, nourrit l’hypothèse inverse, et rien dans les textes ne tranche.

L’arbre a-t-il d’autres noms ?

Beaucoup de spécialistes proposent de reconnaître l’arbre sous les noms Hoddmímis holt, Mímameiðr et Læraðr. Ces identifications ne font pas l’unanimité, en particulier pour Læraðr.

Mise à jour le 18 octobre 2026. Qui est Maël ?