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Tatouage viking signification : ce que disent vraiment les sources sur chaque motif

Ibn Fadlan, voyageur arabe du Xe siècle, a vu des Rus couverts de motifs « d’arbres » des ongles au cou, mais aucune peau tatouée n’a jamais été retrouvée.

Pour aucun des motifs vendus aujourd’hui comme « vikings », un tatouage ancien n’est connu, ce qui ne prouve pas qu’il n’en existait pas. Certains ont pourtant une solide histoire dans les textes ou dans les objets, comme le marteau de Thor. D’autres sont nés bien après l’âge viking, qui court du VIIIe au XIe siècle. Voici, motif par motif, ce qui est attesté, ce que les savants supposent et ce qui est moderne.

Un seul témoignage, et aucune peau retrouvée

En 922, Ibn Fadlan, envoyé d’un calife de Bagdad sur la Volga, rencontre des Rus, des marchands d’origine scandinave. Il décrit des hommes couverts de motifs sombres « d’arbres », des ongles au cou. C’est le seul texte ancien qui évoque des tatouages chez des Scandinaves.

Ce récit a des limites. Il concerne un seul groupe, loin de la Scandinavie. Les « arbres » restent vagues, et Ibn Fadlan ne dit pas ce que les dessins signifiaient. L’archéologie n’a livré aucune peau tatouée, ce qui laisse la question ouverte sans la trancher. Les sens prêtés aujourd’hui à un tatouage viking viennent donc d’ailleurs : des poèmes, des sagas, des bijoux et des pierres.

Mjöllnir, le motif le mieux attesté

Dans la Skáldskaparmál, la partie de l’Edda de Snorri consacrée au langage des poètes, un nain forge le marteau de Thor, Mjöllnir (Mjǫllnir). L’Edda de Snorri est un recueil de mythes écrit vers 1220 par l’Islandais Snorri Sturluson. Le forgeron Eitri demande à son frère Brokk de ne jamais cesser d’actionner le soufflet. Loki, changé en mouche, le pique jusqu’au sang. Brokk s’arrête un court instant, et le manche sort trop court.

Ce que dit le texte

« Puis il donna à Thor le marteau et déclara qu’il pourrait frapper n’importe quoi aussi fort qu’il voudrait sans que le marteau ne s’abîmât, […] mais que jamais le marteau ne volerait si loin qu’il ne dût revenir dans sa main ; […] Mais il avait un défaut : son manche était plutôt court. »

Skáldskaparmál, chapitre 5

Dans la Gylfaginning, première partie de l’Edda où un roi interroge des figures divines sur les dieux, Snorri note que les géants reconnaissent le marteau dès qu’il est brandi (chapitre 21).

Côté objets, des pendentifs en forme de marteau ont été portés à l’époque viking, quand les crucifix des chrétiens se répandaient. Les historiens y voient un signe d’attachement aux anciens dieux. Le sens de protection est donc bien étayé, mais aucun tatouage de marteau n’est connu.

Loups, ours et corbeaux : les bêtes d’Odin

Le Haraldskvæði est un poème composé pour le roi norvégien Harald à la belle chevelure. Il évoque la bataille de Hafrsfjord, que la tradition place en 872. Parmi les hommes du roi, il cite des guerriers qui combattent en transe : les berserkir, ou « guerriers-fauves », et les ulfheðnar, ou « peaux de loup ». Dans l’Ynglinga saga, Snorri dit des hommes d’Odin qu’ils allaient sans armure, enragés comme des chiens ou des loups, mordant leur bouclier.

Le mot berserkr a deux explications. « Chemise d’ours » est aujourd’hui la plus souvent retenue. Snorri lisait « chemise nue », et le débat reste ouvert.

Des images existent. Une plaque de bronze de Torslunda, en Suède, montre un guerrier à tête de loup près d’un personnage borgne que l’on suppose être Odin. Sur un fourreau d’épée du VIIe siècle, trouvé à Gutenstein en Allemagne, une figure semblable brandit une épée et une lance. Ces figures montrent des hommes masqués ou vêtus de peaux, et aucune ne porte de tatouage.

Vous croisez peut-être l’affirmation que les jeunes guerriers d’Odin recevaient un tatouage de loup après une épreuve d’initiation. Elle circule sur des sites de tatouage et dans des articles de vulgarisation, sans renvoyer à un poème ni à une saga. Rien ne l’appuie dans les textes anciens.

Reste le corbeau. Huginn et Muninn, les deux corbeaux d’Odin, ont des noms qui évoquent la pensée et la mémoire. Selon Snorri, dans la Gylfaginning, ils parcourent le monde chaque jour et rapportent au dieu ce qu’ils ont vu. La « sagesse » que prêtent les tatoueurs à ces oiseaux est une lecture plausible de leurs noms. Les textes n’en font pourtant pas un emblème général des Vikings.

Valknut et vegvisir, deux âges très différents

Valknut : trois triangles entrelacés, gravés sur des pierres de Gotland et sur une poutre du navire d’Oseberg. Le signe est ancien, mais son nom est moderne, et son sens reste inconnu.

Vegvisir : un signe tiré d’un recueil de formules magiques islandaises réuni à Akureyri en 1860. L’étiquette « boussole viking » date donc de bien après l’âge viking.

Yggdrasil, l’arbre-monde

Dans la Völuspá, grand poème de l’Edda poétique sur la naissance et la fin du monde, la prophétesse parle de neuf mondes (strophe 2) et d’un frêne nommé Yggdrasill (strophe 19). Ce frêne soutient le monde, et c’est ainsi que Snorri le décrit à son tour. L’appellation « arbre de vie » est une lecture moderne. Aucun texte ne relie cet arbre aux « arbres » d’Ibn Fadlan, et ce rapprochement relève de la supposition.

Les runes

Il existe deux alphabets runiques, appelés futharks d’après leurs six premières lettres. Le futhark ancien compte 24 runes et date du IIe au VIIIe siècle. Le futhark récent, celui de l’époque viking, n’en compte que 16. Une rune n’a donc pas la même forme ni le même nom selon l’alphabet que vous choisissez. Le sens de chaque signe vient des poèmes runiques médiévaux.

Un tatoueur vous propose peut-être votre prénom en runes d’après un tableau, lettre à lettre. Les runes notent des sons, et un prénom se transcrit selon sa prononciation. L’outil d’écriture de prénom en runes du site suit cette règle et vous laisse choisir l’alphabet.

La divination par les runes date du XXe siècle. Tacite, historien romain, décrit au chapitre 10 de la Germanie un tirage de baguettes marquées de signes, sans dire que ce sont des runes. Le tirage des runes du site s’utilise comme un outil de réflexion, jamais comme une prédiction.

Attesté ou inventé ? Le bilan

Statut de chaque motif d’après les sources
MotifStatutÀ retenir
Tatouage scandinaveUn seul témoignageRus, 922, sens inconnu
MjöllnirAttestéTextes de Snorri, pendentifs, aucun tatouage connu
Guerriers-loupsAttesté en texte et en imagesLe tatouage de loup n’a pas de source
Corbeaux d’OdinAttestéLe sens « sagesse » est une lecture moderne
ValknutSigne attestéNom moderne, sens inconnu
VegvisirModerneAkureyri, 1860
YggdrasilAttesté« Arbre de vie » est moderne
RunesAttestéesDivination moderne, XXe siècle

Certains symboles nordiques, runes comprises, ont été détournés au XXe siècle par des mouvements extrémistes. Regardez donc qui utilise un motif aujourd’hui avant de le choisir.

Mise à jour le 18 octobre 2026. Qui est Maël ?