Aller au contenu

Fête d’Yule : ce que les sources disent de jól, et ce qu’on y a ajouté

Le plus ancien témoignage du mot se trouve dans le Codex Ambrosianus, vers 350. Un calendrier gotique y mentionne le mois fruma jiuleis, « le mois d’avant Yule ».

Yule, ou jól en vieux norrois (la langue des Scandinaves du Moyen Âge), est la fête du milieu de l’hiver que célébraient les peuples germaniques avant leur conversion au christianisme. Les textes anciens conservés montrent un festin, de la bière, des serments, des sacrifices et des visites surnaturelles. Ils ne donnent aucune date au jour près et ne parlent ni de roue de l’année ni de bûche gravée de runes.

Un mot attesté très tôt

Les Goths, un peuple germanique, ont laissé ce calendrier d’environ 350. Il nomme le mois fruma jiuleis, d’où l’on déduit l’existence d’un mois jiuleis, « mois d’Yule », que le document ne donne pas.

Vers 726, Bède le Vénérable, moine anglo-saxon, écrit De la computation du temps. Il explique que les Anglo-Saxons païens comptaient leurs mois d’après la lune et appelaient décembre comme janvier giuli. Il ajoute qu’ils ouvraient l’année le 25 décembre par la Modranecht, la « nuit des Mères ». Selon lui, la nuit devait son nom à des cérémonies. Les savants voient dans ces mères des déesses, peut-être les dísir, des figures féminines protectrices des textes norrois. C’est une hypothèse.

En Islande, deux mois portent un nom de la même famille : Ýlir et Jólmánuðr, « mois d’Yule ». Un texte islandais d’environ 1220, la Bókarbót, place Ýlir de la mi-novembre à la mi-décembre, puis Jólmánuðr jusqu’à la mi-janvier.

Vers 900, un poème en l’honneur d’Harald aux beaux cheveux parle de « boire à jól ». Le skalde (poète de cour) Eyvindr skáldaspillir emploie jólnar pour désigner les dieux. Jólnir, « l’homme d’Yule », est aussi un nom d’Odin. L’Ágrip, un texte du XIIe siècle, fait venir jól de Jólnir. Les philologues pensent l’inverse.

Le sens du mot reste incertain. Le philologue allemand Jacob Grimm y voyait la « roue » du cycle solaire, mais cette idée est largement rejetée : « roue » se disait hweol en vieil anglais, sans lien clair avec ġēol. D’autres chercheurs rapprochent le mot du latin jocus, « divertissement », ce qui ferait d’Yule une « période de joie et de fête publique ». Cette hypothèse ne fait pas consensus, et l’origine ultime du mot n’est pas établie. Quant au français joli, certains le font venir de jól, mais cette étymologie est discutée.

Quand avait lieu Yule ?

On l’ignore avec précision. Une thèse place la fête à la première pleine lune après le solstice d’hiver. D’autres historiens la situent à la mi-janvier. Les textes norrois suggèrent une fête qui commençait peut-être à Hǫkunótt, la nuit du milieu de l’hiver, et durait plusieurs jours.

Le flottement tient au mode de comptage. Un calendrier lunisolaire suit les phases de la lune tout en se recalant sur le soleil. En Suède, on comptait encore ainsi au début du XXe siècle.

Ce que l’on faisait

Le blót est un sacrifice offert aux dieux pour obtenir leur faveur, notamment sur les récoltes. Le jólablót en est la version de mi-hiver. Le vocabulaire norrois en dit davantage avec jólaǫl, « bière d’Yule », jóladrykkja, « beuverie d’Yule », et jólagjǫf, « cadeau d’Yule ».

Les récits tardifs parlent de festin, de boisson cérémonielle et de serments. Des jeux et des spectacles sont probables. Les histoires situées à cette période font souvent visiter les salles et les fermes par des trolls ou des draugar, des morts-vivants.

Des historiens rapprochent ces récits de coutumes plus récentes. Le julebukking est une tournée de maison en maison, déguisé, pendant les fêtes scandinaves. La Chasse sauvage est un cortège fantôme qui traverse le ciel d’hiver dans le folklore du nord de l’Europe. Ces racines païennes sont possibles, sans être démontrées.

Du jól à Noël

Au Moyen Âge, après la conversion des peuples germaniques, la fête de la Nativité a été progressivement assimilée à celle du solstice. En vieil anglais, Yule désignait la fête païenne, puis a servi à traduire Noël. Aujourd’hui, jól en islandais, jul en danois, norvégien et suédois, joulu en finnois et Yule en anglais désignent Noël ou la saison qui l’entoure.

L’allemand Jul, surtout dans Julfest, la « fête d’Yule », vient du bas allemand, qui l’a pris au scandinave.

Attesté ou inventé ? Les rituels d’aujourd’hui

La roue de l’année wiccane est un cycle de huit fêtes appelées sabbats, propre à la wicca, une religion néopaïenne du XXe siècle. Yule y est fixé au solstice d’hiver. Les sources anciennes ne connaissent pas cette organisation.

Chaque pratique moderne face aux textes anciens
Pratique actuelleCe que disent les textes
Festin, bière, sermentsAttesté en norrois (jólaǫl, jóladrykkja)
Sacrifice aux dieuxAttesté (jólablót)
Roi Chêne et Roi HouxAbsent des textes anciens conservés
Bûche gravée de runesAbsente des textes anciens conservés ; le mot anglais yule-log date de 1725
Chaussette de HeimdallAbsente des textes norrois conservés

Le Roi Chêne et le Roi Houx sont deux « dieux-arbres » dont le premier est tué par le second au solstice, selon les présentations néopaïennes.

Des présentations actuelles affirment aussi que Heimdall et les Ases visitent les foyers et laissent des présents dans les chaussettes. Aucun texte norrois conservé ne le dit. Le mot jólagjǫf montre seulement qu’on offrait des présents.

La divination des « nuits d’Yule » par les runes relève de l’usage moderne. Le tirage des runes est une pratique du XXe siècle, à prendre comme un outil de réflexion.

Cette fête a aussi connu une récupération idéologique au XXe siècle. Sous le Troisième Reich, la SS a célébré une Julfest voulue par Heinrich Himmler, qui y voyait une étape vers l’éradication du christianisme.

Questions fréquentes

Les 12 nuits d’Yule sont-elles attestées chez les Vikings ?

Les textes norrois conservés ne parlent pas de douze nuits. Bède mentionne une seule nuit, la Modranecht, le 25 décembre. Les douze nuits des pratiques modernes sont un ajout récent.

Yule tombait-il le 21 décembre ?

Les textes conservés ne donnent pas de jour du mois. Le solstice d’hiver tombe le 21 ou le 22 décembre selon les années, et le 21 est la date retenue par les néopaïens d’aujourd’hui.

Mise à jour le 18 octobre 2026. Qui est Maël ?