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Les dieux nordiques : Ases, Vanes et principaux dieux d’après les sources

Dans le Skáldskaparmál, la chevelure d’or de Sif, la lance Gungnir et le marteau Mjöllnir viennent d’une même querelle : Loki a parié sa tête contre des nains forgerons.

Les dieux nordiques forment deux familles, les Ases (Æsir en vieux norrois, la langue des Scandinaves du Moyen Âge) et les Vanes (Vanir). Odin, Thor, Tyr, Baldr, Heimdall et Loki comptent parmi les Ases. Njörd, Freyr et Freyja sont des Vanes. Aucune liste de douze ou de quatorze dieux ne fait l’unanimité dans les textes anciens, et celles que l’on trouve aujourd’hui sont des choix modernes.

D’où viennent nos connaissances

Presque tout vient de deux recueils islandais. L’Edda poétique rassemble des poèmes anciens, copiés au XIIIe siècle. L’Edda de Snorri a été écrite vers 1220 par Snorri Sturluson, un chef islandais. Elle contient la Gylfaginning (« la tromperie de Gylfi », où un roi interroge les dieux) et le Skáldskaparmál (« le langage de la poésie »).

Saxo Grammaticus, un clerc danois de la fin du XIIe siècle, raconte les mêmes dieux à sa façon dans ses Gesta Danorum. Les pierres, les noms de lieux et les objets retrouvés par les archéologues complètent le tableau.

Snorri parle de douze dieux, mais les noms changent d’un passage à l’autre. Certaines listes modernes y ajoutent Mannus, Irmin ou Berchta. Mannus est cité par Tacite, historien romain, comme ancêtre mythique des Germains. Irmin se rattache à un pilier vénéré par les Saxons du continent. Berchta vient d’un folklore alpin et allemand tardif.

Deux familles, une guerre, des otages

Les Ases vivent à Ásgard, les Vanes à Vanaheim. Les Vanes touchent à la fécondité et aux récoltes. Les Ases présentent beaucoup de traits indo-européens, ceux que partagent les religions de peuples dont les langues, du latin au sanskrit, ont une origine commune. Certains savants supposent que les Vanes appartiennent à une religion plus ancienne.

La Völuspá (strophes 21 à 24), qui raconte la création du monde et sa fin, évoque la première guerre du monde. Le détail vient de Snorri, dans sa Saga des Ynglingar. Les deux camps échangent des otages. Les Vanes envoient Njörd et Freyr. Les Ases envoient Hönir et son conseiller Mímir.

Hönir, présenté comme un chef avisé, ne sait rien décider sans Mímir. Les Vanes, furieux de se sentir dupés, tranchent la tête de Mímir. Odin la conserve et la dépose dans un puits au pied de l’arbre-monde, Yggdrasil.

La paix se scelle autrement. Selon Snorri, les dieux crachent dans une cuve, et de cette salive naît Kvasir, un être si savant qu’aucune question ne l’arrête. Une hypothèse ancienne voit dans cette guerre un conflit entre aristocratie et paysannerie. Rien ne l’établit.

Les principaux dieux

Odin, Thor et Tyr

Odin est le chef des Ases, dieu de la victoire, du savoir et de la poésie. Ses noms, ses mythes et ses symboles ont leur page.

Thor combat les géants avec Mjöllnir, une ceinture qui accroît sa force et des gants de fer. Son char est tiré par deux boucs, Tanngrisnir et Tanngnjóstr. Dans la Þrymskviða, poème de l’Edda poétique, le géant Thrym vole le marteau, et Thor part le reprendre déguisé en mariée.

Tyr tient un serment. Snorri raconte que les dieux veulent lier le loup Fenrir. Le loup n’accepte que si l’un d’eux met la main dans sa gueule. Tyr le fait et perd la main. Sa généalogie varie : Snorri le dit fils d’Odin, l’Hymiskviða, autre poème de l’Edda poétique, fils du géant Hymir.

Baldr, Frigg, Heimdall et Loki

Baldr, fils d’Odin et de Frigg, est le dieu de la lumière. Il rêve de sa propre mort. Loki guide alors la main de son frère aveugle Höd, qui lance une flèche de gui. Le navire Hringhorni emporte son corps, et la Völuspá annonce son retour après le Ragnarök. Ce nom désigne la bataille finale, où périssent la plupart des dieux avant que le monde renaisse. Sa mère Frigg connaît le destin de chacun, d’après la Lokasenna, poème de l’Edda poétique, mais ne le dit à personne.

Heimdall garde le Bifröst, le pont qui relie le ciel et la terre, et possède une dent d’or. Son cor, le Gjallarhorn, sonnera au début du Ragnarök.

Loki change de forme, sème la discorde et finit enchaîné sous un serpent dont le venin lui tombe sur le visage. Les films en font le frère de Thor. Snorri lui donne pour parents des géants, Farbauti et Laufey.

Njörd, Freyr et Freyja

Njörd gouverne le vent et apaise la mer, selon Snorri. Son fils Freyr a le bateau Skidbladnir et le sanglier Gullinbursti. Dans le Skírnismál, poème de l’Edda poétique, il donne son épée à son serviteur Skírnir pour obtenir la main de la géante Gerðr.

Freyja, sa sœur, voyage en char tiré par des chats, porte le collier Brísingamen et possède un manteau de plumes de faucon qu’elle prête à Loki. Dans le Grímnismál (strophe 14), elle accueille la moitié des guerriers tombés au combat. Odin reçoit l’autre.

D’autres figures, de Bragi, dieu de la poésie, à Idunn, sa femme, ont leur place parmi les dieux du site.

Le pari de Loki et des nains

Snorri raconte cet épisode pour expliquer pourquoi les poètes disent « chevelure de Sif » quand ils veulent parler d’or. C’est une kenning, une périphrase poétique.

Loki coupe par farce les cheveux de Sif, la femme de Thor, qui s’apprête à le tuer. Loki promet des cheveux d’or qui repousseront comme de vrais. Il va chez les fils d’Ivaldi, des nains (que Snorri nomme aussi Alfes noirs). Ils forgent la chevelure, le bateau Skidbladnir et la lance Gungnir. Loki parie alors sa tête avec le nain Brokk : son frère Eitri ne fera pas mieux.

Eitri forge un sanglier, un anneau, puis un marteau. Brokk actionne le soufflet sans s’arrêter, tandis que Loki, changé en mouche, le pique à la main, au cou, puis à la paupière. Le sang coule dans les yeux de Brokk, qui lâche un instant. Le marteau en garde un manche trop court.

Odin, Thor et Freyr jugent que Mjöllnir, qui protège contre les géants, est le meilleur objet. Brokk gagne. Loki plaide qu’il a parié sa tête et non son cou. Brokk se contente de lui coudre les lèvres.

Les six objets du pari de Loki (Skáldskaparmál, 35)
ObjetForgé parReçu parPouvoir
Chevelure d’orfils d’IvaldiThor, pour Sifrepousse comme de vrais cheveux
Skidbladnirfils d’IvaldiFreyrtoujours bon vent, se range dans une poche
Gungnirfils d’IvaldiOdinlance qui ne s’arrête pas pendant son jet
GullinburstiEitriFreyrsanglier qui court dans l’air et sur l’eau, ses soies éclairent les ténèbres
DraupnirEitriOdinanneau dont tombent huit anneaux toutes les neuf nuits
MjöllnirEitriThormarteau indestructible, atteint toujours sa cible et revient dans la main

Ce que l’on sait du culte

On honorait les dieux par des banquets où l’on sacrifiait des animaux, les blót. Dans la Saga de Hákon le Bon, Snorri décrit un banquet où l’on boit d’abord à Odin pour la victoire, puis à Njörd et à Freyr pour de bonnes récoltes et la paix. Ases et Vanes y sont donc honorés ensemble.

Adam de Brême, chanoine allemand, décrit vers 1075 le temple d’Uppsala, en Suède. Il y place Thor au centre, entre Wodan et Fricco. Des noms de lieux gardent la trace des dieux, comme Odense au Danemark (« sanctuaire d’Odin »). Des pendentifs en forme de marteau, surtout du Xe siècle, ont été retrouvés dans toute la Scandinavie. L’inscription runique de Glavendrup, au Danemark, vers 900, demande à Thor de consacrer le monument.

La répartition sociale reste une supposition. Dans le Hárbarðsljóð, un passeur moqueur, qui est Odin déguisé, se vante qu’Odin reçoive les chefs morts au combat et que Thor n’ait que les esclaves. Thor est pourtant un Ase. On ignore comment se déroulaient les rites au quotidien, qui variaient selon les régions et les époques.

Questions fréquentes

Les dieux nordiques sont-ils immortels ?

Pas tout à fait. Selon Snorri, les pommes d’Idunn les gardent jeunes. Baldr meurt pourtant, et la Völuspá annonce la mort de la plupart des dieux au Ragnarök.

Les Vikings croyaient-ils vraiment à ces dieux ?

Oui, les textes et les objets le montrent. Le culte a duré jusqu’à la conversion, qui s’est faite à des dates différentes. Dans l’Íslendingabók, Ari Þorgilsson situe vers l’an 1000 la décision de l’Althing, l’assemblée islandaise, d’adopter le christianisme.

Mise à jour le 18 octobre 2026. Qui est Maël ?