Edda : les deux Eddas, Snorri et Codex Regius, expliquées
L’Edda poétique doit son nom à l’évêque Brynjólfur Sveinsson, qui a retrouvé son manuscrit en 1643 et l’a rapproché de l’Edda de Snorri.
Le nom d’Edda recouvre deux livres islandais du XIIIe siècle, très différents. Le premier est un manuel en prose, écrit vers 1220 par Snorri Sturluson pour apprendre leur métier aux jeunes poètes. Le second est un recueil de poèmes anonymes, copié dans un manuscrit appelé Codex Regius (« manuscrit royal »). Les deux racontent les dieux nordiques, et les deux ont été mis par écrit par des chrétiens, longtemps après la fin du paganisme.
Les deux Eddas côte à côte
| Edda de Snorri | Edda poétique | |
|---|---|---|
| Autres noms | Edda en prose, Jeune Edda | Recueil du Codex Regius |
| Auteur | Snorri Sturluson | Poètes anonymes |
| Date | Vers 1220 | Manuscrit du XIIIe siècle, poèmes composés du IXe au XIIIe siècle |
| Langue | Vieil islandais | Vieux norrois |
| Forme | Prose | Poèmes en strophes |
| Contenu | Mythes, art de la poésie, métrique | Poèmes mythologiques et héroïques |
Le vieux norrois est la langue des Scandinaves du Moyen Âge. Le vieil islandais en est la variante parlée en Islande.
L’Edda de Snorri, un manuel pour apprentis poètes
L’auteur, Snorri Sturluson (1179-1241), était un grand seigneur islandais, mêlé aux luttes politiques de l’île. C’était aussi un scalde, un poète spécialiste d’une poésie très codée. Il est mort assassiné, sur ordre du roi de Norvège Hákon IV.
La poésie scaldique évite le mot propre et le remplace par une périphrase, une image qui désigne la chose sans la nommer. Pour lire ces strophes, il fallait donc connaître les mythes, et Snorri les raconte pour cette raison. Son livre compte trois parties. La Gylfaginning (« la mystification de Gylfi ») rapporte les grands thèmes de la cosmogonie nordique, c’est-à-dire la naissance du monde. Un traité d’art scaldique explique les images. Un traité de métrique norroise décrit les formes de vers.
L’attribution à Snorri est ancienne. Le Codex Upsaliensis, l’un des manuscrits de l’Edda, la donne dès sa première phrase :
« Ce livre s’appelle Edda. Snorri Sturluson l’a compilé de la façon dont il est arrangé ici. »
Il faut pourtant lire Snorri avec prudence. Il écrit plus de deux siècles après la fin du paganisme en Islande. Il compose avec liberté et a ses idées sur l’origine des dieux. Dans l’Ynglinga saga, Odin devient un roi venu d’Asie, magicien et conquérant. C’est de l’évhémérisme, l’idée que les dieux sont des hommes divinisés après leur mort.
L’Edda poétique, le recueil du Codex Regius
En 1643, l’évêque islandais Brynjólfur Sveinsson met la main sur un manuscrit du XIIIe siècle qui rassemble des poèmes mythologiques et héroïques. Il baptise le recueil Edda, en référence à l’ouvrage de Snorri.
Ces poèmes content les dieux et les héros dans une forme parfois énigmatique. Dans l’Alvíssmál, Thor retient le nain Alvíss par des questions jusqu’au lever du soleil, qui le change en pierre. Le recueil contient aussi des poèmes héroïques, dont ceux du cycle de Sigurðr, qui tue le dragon Fáfnir.
Aucun auteur n’est connu. Les poèmes ont été transmis oralement avant d’être écrits, sans doute pendant des siècles, même si la part de l’oral reste discutée poème par poème. Les spécialistes les situent du IXe au XIIIe siècle, et chacun pose sa propre question de datation. Un poème peut donc être bien plus ancien que la copie qui nous le donne.
Que veut dire « Edda » ?
Le sens du mot reste incertain. Une hypothèse a longtemps circulé, celle d’un « livre d’Oddi », du nom du domaine du sud de l’Islande où Snorri a grandi. Elle est le plus souvent écartée, et Anthony Faulkes, qui a édité et traduit l’Edda de Snorri en anglais, la juge improbable. Aucune autre explication n’a fait consensus.
Ce que valent ces textes comme témoins
Rédigées par des chrétiens, longtemps après la conversion, les deux Eddas ne donnent pas d’accès direct aux croyances d’avant. Elles montrent ce que des Islandais du XIIIe siècle savaient encore de ces récits, et ce qu’ils en faisaient.
Les deux livres se complètent. Les poèmes offrent des scènes sans commentaire. Snorri met de l’ordre et présente les dieux comme un panthéon organisé. Pour le détail des mythes, les pages sur Yggdrasil et sur Ragnarök indiquent à chaque fois si l’information vient d’un poème ou de l’Edda en prose.
Les lire en français
Pour débuter, la Gylfaginning se lit comme un récit suivi. Les poèmes du Codex Regius sont plus brefs et souvent allusifs, si bien que les notes de l’éditeur y aident beaucoup, en particulier pour les périphrases scaldiques. La préface d’une traduction indique si l’édition est intégrale ou si elle propose un choix de textes. Une traduction en vers garde les strophes, une traduction en prose se lit plus vite mais efface la forme du poème.
Questions fréquentes
Les sagas font-elles partie des Eddas ?
Non. Les sagas sont des récits islandais en prose, de genres variés. Snorri a lui-même écrit une histoire des rois de Norvège, qui ne fait pas partie de son Edda.