Asgard : le domaine des Ases d’après l’Edda et les sagas
Asgard (Ásgarðr, « l’enclos des Ases ») est la forteresse des dieux. Dans l’Edda poétique, le nom n’apparaît que deux fois, dans Hymiskviða et Þrymskviða, alors que Grímnismál décrit les demeures des dieux sans jamais le citer.
Asgard est la forme française d’Ásgarðr, mot formé de áss (« dieu ») et de garðr (« enclos »). Les Ases sont la famille de dieux d’Odin et de Thor, que les textes opposent aux Vanes, une autre famille divine dont fait partie Freyr. Le nom est rare dans les poèmes et bien plus présent chez Snorri Sturluson, un lettré islandais du XIIIe siècle, qui s’en sert pour réunir des lieux que les poèmes décrivent séparément. Le Valhalla n’en est qu’une halle.
Deux mentions dans la poésie, et un poème qui décrit sans nommer
L’Edda poétique est un recueil de poèmes anonymes sur les dieux et les héros. Le nom d’Asgard y figure deux fois.
Dans la Hymiskviða, Thor et Týr quittent Asgard pour la halle du géant Hymir. Ils y cherchent un chaudron assez grand pour brasser la bière du festin d’Ægir et des dieux. Dans la Þrymskviða, Thor a perdu son marteau Mjöllnir. Loki le convainc de se déguiser en Freyja pour le reprendre, en lui disant que sans le marteau les géants viendraient bientôt habiter Asgard.
La Grímnismál ne prononce jamais le mot. Odin y récite les demeures des dieux, et certains chercheurs situent ces demeures à Asgard. La Völuspá, la prophétie d’une voyante qui raconte le monde de sa naissance à sa fin, nomme pour sa part Iðavöllr (Idavoll), l’un des lieux de rassemblement des dieux.
Où Snorri place Asgard : au centre, à Troie, en Asie
Snorri a mis les mythes en prose dans son Edda, un manuel destiné aux poètes. Dans la Gylfaginning (« la tromperie de Gylfi »), les dieux façonnent la terre et l’entourent de la mer. Ils installent les géants sur les rivages et élèvent Midgard, le monde des hommes. Au centre du monde, ils bâtissent Asgard, que Snorri identifie à Troie.
Ce rapprochement vient de l’euhémérisme, qui présente les dieux comme des hommes divinisés. Dans le Prologue de l’Edda, les Ases sont des gens venus d’Orient. Leur chef Trór devient Thor aux yeux des peuples du Nord.
L’Ynglinga saga ouvre la Heimskringla, l’histoire des rois de Norvège écrite par Snorri. Asgard y est la capitale d’Asaland, à l’est du fleuve que Snorri nomme Tanaïs, l’actuel Don. Odin part ensuite vers le Nord et laisse la ville à ses frères Vili et Vé. Les Suédois croient qu’après sa mort il est retourné à Asgard. Snorri s’appuie ici sur une ressemblance entre « Asie » et « Ases » que les spécialistes jugent trompeuse.
Les sources se contredisent. Snorri loge aussi les demeures des dieux dans le ciel. Selon la Gylfaginning, l’une des trois racines d’Yggdrasil va chez les Ases, ce qu’on lit comme Asgard. Dans la Grímnismál, la même racine s’étend au-dessus des hommes. Aucune carte cohérente n’en sort.
Idavoll et les demeures des dieux
Une fois Asgard bâti, les dieux élèvent à Idavoll, au milieu de la ville, une halle appelée Glaðsheimr. Elle contient le haut siège d’Odin et douze autres sièges, et Snorri la dit pareille à de l’or au-dedans comme au-dehors. Ils construisent aussi Vingólf pour les déesses, puis une forge où ils fabriquent leurs outils. Le nom d’Idavoll veut probablement dire « plaine qui renaît ».
La Grímnismál énumère une douzaine de demeures. Quelques-unes suffisent à en donner le ton :
Valaskjálf : la tour d’Odin, au toit d’argent. Elle abrite le trône Hlidskjálf, d’où le dieu voit tous les mondes. Dans la Skírnismál, Freyr s’y assoit et aperçoit la géante Gerd.
Breiðablik : « large éclat », demeure de Baldr, où rien d’impur ne peut entrer.
Fólkvangr : « plaine des troupes », où Freyja possède la halle Sessrúmnir.
Glitnir : murs et piliers d’or rouge, toit d’argent. C’est la halle de Forseti, qui y apaise les querelles des dieux et des hommes.
Certaines demeures posent problème. La Gylfaginning place Álfheim, le « monde des elfes », dans le ciel, alors que la Grímnismál en fait la demeure de Freyr. Thrymheim, la halle de la géante Skadi, se dresse dans les montagnes. On ne sait pas si elle compte parmi les demeures d’Asgard.
Asgard et Valhalla : le domaine et la halle
Le Skáldskaparmál (« langage de la poésie »), seconde partie de l’Edda de Snorri, range le Valhalla parmi les lieux d’Asgard. Il place devant ses portes le bosquet d’or Glasir. Asgard est donc l’ensemble, et le Valhalla une halle d’Odin. Le même texte donne à Thor le surnom de « défenseur d’Asgard » (verjandi Ásgarðs).
Le mur du bâtisseur
Au chapitre 42 de la Gylfaginning, un bâtisseur inconnu propose aux dieux une forteresse imprenable, achevée en trois hivers. Il demande en paiement le Soleil, la Lune et Freyja. Les dieux acceptent à condition que tout soit fini en un seul hiver, et sans aide. L’étranger ne réclame que son étalon Svaðilfari, et Loki fait accepter la demande.
Le cheval accomplit un travail colossal et traîne d’énormes rochers pendant la nuit. Trois jours avant le terme, il ne reste que la porte. Les dieux, furieux, rendent Loki responsable et le menacent des pires tourments. Il se change alors en jument et entraîne Svaðilfari loin du chantier. Le bâtisseur, en retard, entre dans une rage qui trahit sa nature de géant, et Thor le tue de Mjöllnir. Loki mettra plus tard bas Sleipnir.
Une réserve s’impose. Le chapitre ne nomme pas Asgard, et les chercheurs l’y identifient. Le récit situe ce chantier après la guerre contre les Vanes, qui avait détruit la forteresse précédente.
Bifröst et Heimdall
Selon la Gylfaginning, Bifröst, le pont arc-en-ciel, va de la terre au ciel. Chaque jour, les Ases le franchissent pour tenir conseil sous Yggdrasil, près de la source d’Urd. On en conclut que c’est le pont vers Asgard.
Près du pont, à l’extrémité du ciel, se dresse Himinbjörg, les « montagnes du ciel ». Heimdall y veille contre les géants des montagnes. La Grímnismál ajoute qu’il y boit joyeusement le bon hydromel, une boisson de miel fermenté.
Après le Ragnarök
Le Ragnarök, la bataille finale entre les dieux et leurs ennemis, détruit le monde. Selon Snorri, les survivants se retrouvent à Idavoll, là où s’élevait Asgard :
« C’est là aussi que viendront les fils de Thor, Modi et Magni, lesquels seront en possession de Mjöllnir. C’est là encore que se rendront Baldr et Hodr, en provenance de Helheim. […] Ils trouveront dans l’herbe les tablettes d’or qui avaient appartenu aux Ases. »
Certains traducteurs rendent ces « tablettes » par des pièces de jeu en or. L’Asgard de Marvel, apparu en 1962 dans la bande dessinée Journey into Mystery, est un planétoïde peuplé d’« Asgardiens », ce qui l’éloigne beaucoup de ces textes.
Questions fréquentes
Asgard fait-il partie des neuf mondes ?
Les textes anciens cités ici ne donnent pas de liste de neuf mondes qui inclurait Asgard. Snorri le place au centre du monde, entouré de Midgard, puis des terres des géants, le tout encerclé par la mer, mais il loge aussi les demeures des dieux dans le ciel. Cette cosmographie reste vague et parfois contradictoire. La page sur [les neuf mondes](/mythes/mondes/) détaille les listes proposées par les modernes.