Dagaz rune signification : le nom, le poème et ce qu’on y a ajouté
Sur les bractéates de Vadstena et de Mariedamm, ces médaillons du VIe siècle, la série des runes se termine par ᛟ puis ᛞ, soit l’ordre inverse de celui qu’on donne aujourd’hui.
La rune ᛞ note le son d, et son nom, Dagaz, veut dire « jour ». Un seul poème ancien la décrit : il parle d’une lumière envoyée par Dieu, aimée des hommes et utile à tous. Les idées de « changement » et de « renouveau » que les livres lui attribuent viennent de la divination du XXe siècle. Voici ce qu’on peut en dire à partir des textes et des objets.
Dagaz, dæg, « jour » : le nom et le son
Dagaz appartient au futhark ancien, l’alphabet de 24 runes employé du IIe au VIIIe siècle. Le mot « futhark » vient de ses six premières lettres, ᚠ ᚢ ᚦ ᚨ ᚱ ᚲ. Les 24 signes forment trois groupes de huit, les ætts, et ᛞ ferme presque le troisième : c’est la 23e rune dans l’ordre habituel. Sa translittération, la lettre latine qui la note, est d.
Le nom « Dagaz » est une forme reconstituée, que les spécialistes déduisent des noms attestés plus tard dans les poèmes et de mots germaniques apparentés. La forme attestée, celle du poème anglo-saxon, est dæg, « jour ».
Le futhark récent, celui des Vikings, est réduit à 16 runes et ne garde pas ce signe. L’outil qui permet d’écrire son prénom en runes suit les sons, alphabet par alphabet, et fait apparaître ce genre de différence.
Ce que dit le poème anglo-saxon
Un poème runique est un texte médiéval qui donne à chaque rune son nom et une strophe. Pour ᛞ, seul le poème anglo-saxon en contient une. Bruce Dickins l’a publiée en anglais en 1915. Norrois en propose ici la traduction française.
« Le jour, glorieuse lumière du Créateur, est envoyé par le Seigneur ; il est aimé des hommes, source d’espoir et de bonheur pour les riches et les pauvres, et utile à tous. »
La strophe décrit une journée ordinaire, celle qui se lève pour tout le monde. Son vocabulaire (« Créateur », « Seigneur ») est chrétien, et aucun dieu nordique n’est nommé. Le poème ne parle ni de changement, ni de renouveau, ni de cycle.
Les poèmes runiques norvégien et islandais décrivent, eux, le futhark récent à 16 runes. Ils n’ont aucune strophe pour ᛞ.
Où on la trouve : d et o qui échangent leur place
Dans certaines inscriptions, ᛞ et ᛟ (la rune du o) échangent leur place en fin de série. La pierre de Kylver, sur l’île suédoise de Gotland, date d’environ 400 et porte une série complète des runes, qui s’achève par ŋ, ᛞ puis ᛟ. Au VIe siècle, les bractéates de Vadstena et de Mariedamm montrent la série coupée en trois ætts, et le dernier groupe s’y termine par ᛟ puis ᛞ. La bractéate de Grumpan, vers 500, est incomplète mais suit le même ordre.
Ces deux bractéates inversent aussi deux autres runes, ï et p. L’ordre n’était donc pas fixé partout.
Attesté ou inventé ?
Le sens de « changement » et de « renouveau » que les livres modernes attachent à Dagaz appartient à la divination du XXe siècle. L’image du sablier couché, tirée de la forme du signe, relève de la même lecture. Certaines pages relient aussi ᛞ à Baldur ou au Ragnarök, la bataille qui met fin au monde des dieux, mais aucun texte ancien ne l’établit. Le poème, lui, parle d’un jour concret, et dès qu’on passe de la lumière du jour à l’idée d’un nouveau départ, on quitte la strophe.
Dagaz dans un tirage
Les usages divinatoires actuels des runes datent du XXe siècle. Tacite (Germanie, chapitre 10) décrit bien un tirage de baguettes marquées de signes, mais sans dire que ce sont des runes. Le tirage des runes du site traite la pratique comme un outil de réflexion : il affiche, pour chaque rune tirée, la strophe des poèmes médiévaux et ne prédit rien.
Les livres modernes appellent la troisième famille l’ætt de Tyr, d’après sa première rune, Tiwaz. Juste avant Dagaz vient Ingwaz. Les sens des 24 runes se retrouvent dans la page consacrée aux runes du futhark.
Questions fréquentes
Dagaz est-elle une rune de protection ?
Aucun texte ancien ne lui donne ce rôle. Le poème anglo-saxon parle d’un jour utile à tous, sans mention de défense ni de danger. L’usage de la tracer sur les portes ou les fenêtres est avancé par des livres et des sites modernes, sans source médiévale à l’appui.