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Runes alphabet viking : le futhark ancien et le futhark récent expliqués

Le nom Gunvor s’écrit kunuur en futhark récent : seize runes suffisaient pour noter la langue, et la même rune pouvait se répéter quand elle valait des sons différents.

À l’âge viking, on écrivait surtout avec seize runes, celles du futhark récent. Leur forme varie selon les régions et les usages ont évolué au fil des siècles. Cet alphabet descend d’un alphabet plus ancien de vingt-quatre runes, le futhark ancien. Seize signes suffisent, car une même rune note plusieurs sons proches. Le nom « futhark » vient des six premiers signes, f, u, þ, a, r, k (le þ se prononce comme le « th » de l’anglais thing).

D’où viennent les runes

Dans les Hávamál, un poème de l’Edda poétique (un recueil de poèmes nordiques médiévaux), Odin s’offre en sacrifice à l’arbre du monde, Yggdrasil, et en revient avec la science des runes (strophe 138 et suivantes). Deux pierres du Västergötland, une province du sud-ouest de la Suède, donnent la même idée. Celle de Noleby (VIe siècle) et celle de Sparlösa (vers 800) qualifient les runes de « venues des dieux ».

Les archéologues, eux, datent les plus anciennes inscriptions du IIe siècle. Le peigne de Vimose, trouvé sur l’île danoise de Fionie, porte le mot harja, peut-être un nom propre. Une fibule (une agrafe de vêtement) de Meldorf, peut-être du Ier siècle, présente des signes qui pourraient être des runes.

Les runologues, qui étudient les runes et leurs inscriptions, débattent depuis les débuts de leur discipline de l’inventeur, du lieu et du modèle de ces signes. Les premiers objets viennent surtout du sud de la Scandinavie. Les spécialistes admettent que les peuples germaniques ont copié un modèle, sans s’accorder sur lequel.

Le futhark ancien : vingt-quatre runes

Le futhark ancien sert pendant les premiers siècles, quand la langue scandinave est encore du proto-norrois, son état le plus ancien. Il compte vingt-quatre runes, rangées en trois groupes, les ætt. Il nous en reste environ 350 inscriptions, ce qui est peu. Certains historiens y voient le signe d’une écriture réservée à une élite lettrée, mais l’étendue réelle de la lecture et de l’écriture runiques à cette époque reste difficile à établir.

Entre 650 et 800 environ, les graveurs mêlent anciennes et nouvelles formes. La pierre de Björketorp (vers 650) date de cette transition. Celle de Rök (vers 800) aussi, et des runes de l’ancien alphabet y servent même à chiffrer une partie du texte.

Seize runes pour une langue plus riche

À la fin du VIIIe siècle, la réduction de 24 à 16 runes est achevée. Le proto-norrois est devenu du vieux norrois, la langue des sagas et de l’âge viking. Cette langue distingue davantage de sons, les phonèmes, c’est-à-dire les sons qui différencient deux mots, comme le p et le b dans « pas » et « bas ». Pendant ce temps, l’alphabet se resserre. La première série de runes ne garde que ses six premières, la deuxième en perd deux et la troisième quatre. Disparaissent ainsi les runes du g, du w, du p, du e, du ŋ (le « ng » de parking), du o et du d. La rune du z, elle, passe à la fin de la série, seul changement d’ordre.

Le son j était devenu superflu en vieux norrois. Sa rune, jera, est pourtant restée, avec la valeur a.

Une même rune doit donc noter plusieurs sons. Le t et le d s’écrivent avec la même rune, comme le k et le g, ou le p et le b. La différence entre voyelles brèves et longues disparaît aussi, car la coutume veut qu’on ne grave pas deux fois de suite la même rune pour le même son.

Deux runes identiques peuvent pourtant se suivre quand elles notent des sons différents. Gunvor devient ainsi kunuur. Le g s’écrit k, et le v comme l’o prennent la rune u, qu’on peut donc aligner.

Les noms de ces seize runes nous sont connus par le poème runique norvégien et le poème islandais, deux textes médiévaux qui consacrent une strophe à chaque rune.

Les seize runes du futhark récent et leur nom, d’après les poèmes runiques norvégien et islandais
RuneNomSens
ᚠférichesse
ᚢúrpluie
ᚦþursgéant (jötunn)
ᚬássun dieu
ᚱreiðchevauchée
ᚴkaunulcère
ᚼhagallgrêle
ᚾnauðrnécessité
ᛁíssglace
ᛅárabondance
ᛋsólsoleil
ᛏTýrle dieu Týr
ᛒbjǫrkbouleau
ᛘmaðrhomme
ᛚlǫgrmer
ᛦýrif

La plupart de ces noms prolongent ceux du futhark ancien. Pour þurs et kaun, les traditions nordique, anglo-saxonne et gotique divergent.

Longues branches, branches courtes

Le futhark récent existe en deux formes. Les runes à longues branches sont dites danoises. Les runes à branches courtes, suédoises et norvégiennes, simplifient neuf des seize signes et gardent les sept autres tels quels.

Les spécialistes pensent généralement que le choix dépendait du support. Les longues branches servaient aux pierres, les branches courtes aux messages du quotidien, privés ou officiels, tracés sur du bois. Une troisième variante, les runes de Hälsinge, sans hampe (le trait vertical), apparaît en Suède du Xe au XIIe siècle.

Graver et lire, de la pierre aux bâtons de Bergen

Le futhark récent est bien plus répandu que son ancêtre. Il nous reste plusieurs milliers de pierres runiques, ces pierres dressées couvertes d’inscriptions, entre 3 000 et 6 000 selon les décomptes. Certaines inscriptions sont presque informelles.

Hors de Scandinavie, on connaissait ces signes comme l’« alphabet des Normands ». Un abécédaire copié à Fulda, dans le royaume franc, l’Abecedarium Nordmannicum, les recense, peut-être de la main du moine Walahfrid Strabo. On les étudiait pour commercer et négocier.

Avec la christianisation, l’alphabet latin prend le dessus dès le XIIe siècle. Les runes survivent pourtant. Les runes médiévales, en usage à partir de 1100 environ, ajoutent des variantes pointées pour retrouver une rune par son, ᛑ pour d et ᛐ pour t. À Bergen, en Norvège, plus de 600 inscriptions ont été retrouvées depuis 1950, surtout sur des bâtons de bois, dans le quartier de Bryggen. Quelques-unes sont en latin. Les runes y servaient donc à l’usage courant, côte à côte avec l’alphabet latin pendant plusieurs siècles.

Dans la province suédoise de Dalécarlie, un mélange de runes et de lettres latines apparaît au début du XVIe siècle et reste plus ou moins employé jusqu’au XXe siècle.

Ce qui est attesté, ce qui est moderne

Pour prolonger la lecture, le tirage des runes associe chaque rune à la strophe du poème runique médiéval correspondante et le présente comme un outil de réflexion moderne. Le prénom en runes se transcrit d’après les sons, au choix en futhark ancien ou en futhark récent.

Mise à jour le 18 octobre 2026. Qui est Maël ?