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Tyr dieu nordique de la justice et du serment : mythe, nom et traces anciennes

Týr est le mot ordinaire pour « dieu » en vieux norrois, et son pluriel tívar désigne l’ensemble des dieux. Le nom d’un seul est devenu celui de tous.

Týr est le dieu du droit et des serments chez les anciens Scandinaves. Snorri Sturluson, auteur islandais du XIIIe siècle, en fait le plus courageux des Ases, la famille des dieux principaux. Son mythe le plus connu le montre glissant la main droite dans la gueule d’un loup. Les textes qui le racontent sont peu nombreux et tardifs. Cette page les lit donc avec les autres indices, en séparant à chaque fois l’attesté de ce que les savants supposent.

Un nom qui veut dire « dieu »

En vieux norrois, la langue des Scandinaves du Moyen Âge, týr est d’abord un nom commun. Il signifie « un dieu », et son pluriel tívar désigne les dieux en général. Dans la poésie, le mot entre dans des kennings, des périphrases poétiques qui désignent Odin ou Thor.

Il remonte au proto-germanique *Tīwaz, la langue commune des peuples germaniques telle que les linguistes la reconstruisent. D’où l’astérisque : la forme n’est écrite nulle part, on la déduit en comparant les langues qui en descendent. On la retrouve en gotique (Teiws), en vieux haut-allemand (Ziu) et en vieil anglais (Tīw).

Plus loin encore, *Tīwaz dérive de l’indo-européen, la langue reconstruite dont descendent le grec, le latin et le sanskrit. Sa forme *deywós y signifie « céleste », et vient de *dyēus, le « ciel du jour ». Zeus, Jupiter et le latin deus sortent de la même souche.

D’où l’idée, défendue par de nombreux spécialistes, que Týr fut un dieu du ciel lumineux et le premier des dieux germaniques. D’autres objectent que *tīwaz servait probablement de titre, et que le nom d’origine du dieu s’est perdu. L’hypothèse du dieu du ciel reste donc discutée.

La main dans la gueule du loup

Dans la Gylfaginning, première partie de son Edda, Snorri raconte que les dieux élèvent le louveteau Fenrir, fils de Loki. Seul Týr ose lui apporter à manger. Le loup grandit si vite que les dieux s’inquiètent et veulent l’enchaîner.

Ils lui proposent d’éprouver sa force sur des chaînes. Fenrir en brise deux sans effort. La troisième, Gleipnir, ressemble à un ruban de soie. Le loup flaire la ruse et pose une condition : un dieu mettra la main dans sa gueule, en gage de bonne foi.

Tous hésitent. Týr avance sa main droite. Fenrir tire sur le ruban, qui ne cède pas, et les dieux ne le libèrent pas. Il mord alors la main du dieu. Snorri note que tous rient, sauf Týr.

Le gage repose sur une promesse que les dieux ne tiennent pas, ce qui donne à ce dieu des serments un rôle plutôt inconfortable. Le texte ne commente pas ce paradoxe.

Des textes tardifs, des filiations contradictoires

Les mythes de Týr ne nous sont connus que par les Eddas : l’Edda poétique, recueil de poèmes, et l’Edda de Snorri. Toutes deux ont été compilées vers le XIIIe siècle, après la christianisation de la Scandinavie. Les spécialistes se demandent donc ce qui vient de croyances anciennes, d’influences chrétiennes ou de l’invention des auteurs.

Même la généalogie de Týr varie. Le Skáldskaparmál, deuxième partie de l’Edda de Snorri, le dit fils d’Odin. Le poème Hymiskviða en fait le fils du géant Hymir.

Le dieu du thing

D’après la Gylfaginning (chapitre 25), Týr est très sage et le plus courageux des Ases. On l’invoque parce qu’il peut faire pencher une bataille. Il représente aussi le thing, l’assemblée où les hommes libres jugeaient les litiges et votaient les lois. Dans les mythes, les dieux se réunissent d’ailleurs pour régler chaque crise. En acceptant de perdre sa main, Týr écarte le chaos, et les chercheurs le tiennent pour l’opposé de Loki, qui incarne le désordre.

Les traces plus anciennes : un dossier inégal

Au Ier siècle, l’historien romain Tacite décrit les Germains dans sa Germanie. Au chapitre 9, ils sacrifient à Hercule et à Mars. Les Romains désignaient un dieu étranger par le nom d’un de leurs dieux, ce qu’on appelle l’interpretatio romana. Les spécialistes en déduisent que Tacite a mis Hercule pour Thor et Mars pour Týr.

Au chapitre 39, il décrit les Semnons, un peuple germanique, qui entrent dans un bois entravés par des liens pour honorer un « dieu maître du monde ». Ce dieu pourrait être Týr, car des liens et un pacte rappellent son mythe. Rien dans le texte ne le nomme, c’est une hypothèse.

Une dédicace du IIIe siècle, trouvée le long du mur d’Hadrien dans le nord de l’Angleterre, est adressée à Mars Thincsus. Elle est attribuée à des soldats frisons, issus d’un peuple germanique de la mer du Nord. Le philologue Jan de Vries y lisait « Mars du Thing ». Ce serait Týr romanisé, ce qui est la trace la plus convaincante du lien entre le dieu et l’assemblée.

Trois objets complètent le dossier, avec une fiabilité très variable.

Trois objets qui évoquent peut-être Týr, et leur degré de certitude
ObjetDateCe qu’on y litCertitude
Casque de Negau (actuelle Slovénie)IIe siècle avant notre èreLe mot Teiwa, en alphabet nord-italique, un alphabet de l’Italie du Nord, peut-être dérivé de deiwosLecture proposée par certains spécialistes
Corne d’or de Gallehus (Danemark)Ve siècleUn petit personnage manchotHypothèse, d’autant que la corne, volée et fondue en 1802, n’est plus connue que par des dessins
Fragment de crâne de Ribe (Danemark)VIIIe siècleLes runes ᛏᛁᚢᛦ, peut-être le nom de TýrPossible, à manier avec prudence

Un dieu souverain passé au second plan

Beaucoup de spécialistes pensent que Týr a dominé le panthéon germanique avant d’être éclipsé. Georges Dumézil, historien des religions français du XXe siècle, compare avec l’Inde. Là, Varuna, souverain magicien, l’a emporté sur Mitra, souverain juriste. Selon lui, les hommes préfèrent leur dieu souverain magicien à leur juriste.

Odin et Thor auraient même repris certains attributs de Týr, comme le ciel et la garde de l’ordre. Aucun texte ne raconte cette éclipse, c’est une reconstruction. L’étiquette de « dieu de la guerre » vient sans doute de l’équivalence avec Mars.

Au Ragnarök, la bataille finale annoncée par les poèmes, Snorri raconte que Týr affronte Garm (Garmr), le chien qui garde le monde des morts. Ils se tuent l’un l’autre.

Le mardi et la rune ᛏ

Le nom de Týr traverse votre semaine. Si vous fixez un rendez-vous à Copenhague un tirsdag, vous parlez du jour de Týr, comme avec Týsdagr en vieux norrois et Tuesday en anglais, du vieil anglais tīwesdæg, « jour de Tīw ». Le français mardi vient de Mars. Les langues germaniques avaient calqué le latin Martis dies en remplaçant Mars par leur dieu, ce qui prouve qu’elles l’identifiaient à Mars. L’allemand Dienstag pourrait venir du thing.

La rune ᛏ, dite Tiwaz, porte aussi son nom. Dans le futhark ancien, l’alphabet de 24 runes, elle note le son t. Son nom apparaît dès l’IVe siècle comme tyz dans l’alphabet gotique, puis tir en vieil anglais et týr en norrois. Sur des inscriptions, ᛏ sert parfois de signe magique isolé.

Attesté ou inventé ?

Attesté

  • Le nom de la rune est celui du dieu.
  • Le poème Sigrdrífumál, dans l’Edda poétique, conseille à la strophe 6 de graver des « runes de victoire » sur la garde de l’épée et de nommer Týr deux fois. La strophe ne dit pas de quelle rune il s’agit.

Moderne

  • L’étiquette « rune de la victoire » appartient à la tradition moderne.
  • L’idée de graver ᛏ sur une arme pour la dédier à Týr et faire pencher la bataille n’a pas de texte ancien à citer.
  • La divination par les runes date du XXe siècle. Tacite décrit un tirage de baguettes marquées de signes, sans dire que ce sont des runes. Le tirage des runes du site affiche pour chaque rune la strophe des poèmes runiques médiévaux et le présente comme un outil de réflexion.

Questions fréquentes

Dans quel pays se trouve Tyr ?

Le dieu n’a pas de pays, mais des noms de lieux le rappellent. Au Danemark, Tyrseng, près de Viby au Jutland, signifie « la prairie de Týr », et Tislund « le bosquet de Týr ». En Norvège, Tysnes signifie « la presqu’île de Týr », et Rudolf Simek y voit un culte venu du Danemark. En Suède, la forêt de Tiveden a une étymologie incertaine, peut-être « forêt des dieux ».

Quel est le dieu viking le plus puissant ?

Les sources ne classent pas les dieux. Snorri présente Odin comme le chef des Ases et Thor comme le plus fort des dieux et des hommes. Il réserve à Týr le courage.

Týr avait-il une épouse ?

Dans la Lokasenna, poème de l’Edda poétique, Loki fait allusion à une compagne de Týr sans la nommer, et aucun autre texte nordique ne la connaît. Certains savants la rapprochent de Zisa, citée du côté du monde germanique continental, mais l’hypothèse reste fragile.

Mise à jour le 18 octobre 2026. Qui est Maël ?