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Les inscriptions runiques en chiffres : où, de quand et sur quoi on les a retrouvées

Plus de la moitié des inscriptions runiques recensées appartiennent au corpus suédois, et plus d’une sur cinq à une seule province, l’Uppland. Le relevé de l’Université d’Uppsala, arrêté en 2018, permet de compter, inscription par inscription, ce qui a été conservé et retrouvé.

Les runes ne sont pas une légende : ce sont des milliers de textes gravés, souvent courts, parfois signés. Depuis plusieurs décennies, des chercheurs de l’Université d’Uppsala, en Suède, les rassemblent dans la Samnordisk runtextdatabas, la base de données des inscriptions runiques de tout le monde nordique. Chaque inscription y porte une cote, son lieu de découverte, son époque, son support et, quand on le connaît, le nom de son graveur. Voici ce que dit sa version publique, arrêtée en 2018, et ce qu’elle ne dit pas.

Où l'on a trouvé les inscriptions runiques (corpus national de la base)
Suède 3 731 Norvège 1 650 Danemark 1 031 Groenland 101 Orcades 56 Islande 49 Île de Man 35 Angleterre 20

Source : Samnordisk runtextdatabas, Université d'Uppsala (Rundata 3.1, ODbL), calcul Norrois

Les inscriptions par époque
Urnordique (avant ~725) 281 Époque viking 3 701 Moyen Âge (après ~1100) 2 748

Source : Samnordisk runtextdatabas, Université d'Uppsala (Rundata 3.1, ODbL), calcul Norrois

En Suède : les provinces les plus riches en inscriptions
Uppland 1 490 Östergötland 486 Södermanland 459 Gotland 419 Västergötland 318 Småland 190 Öland 187 Närke 39

Source : Samnordisk runtextdatabas, Université d'Uppsala (Rundata 3.1, ODbL), calcul Norrois

Chiffres clés

  • La base recense 6 753 inscriptions distinctes, réparties entre 22 pays ou territoires selon le découpage de la base, qui compte aussi Byzance à part.
  • Le corpus suédois en compte 3 731, soit 55 % de l’ensemble. Viennent ensuite la Norvège (1 650) et le corpus danois (1 031), qui comprend aussi la Scanie, le Halland, le Blekinge et le Schleswig.
  • 55 % des inscriptions appartiennent à ce que la base appelle l’époque viking, d’environ 725 à environ 1100.
  • Les inscriptions sur des pierres runiques dressées, les plus célèbres, ne représentent que 30 % de l’ensemble.
  • 745 inscriptions ont disparu : on ne les connaît plus que par des dessins ou des relevés anciens.

Où on les a retrouvées : la Suède, et surtout l’Uppland

La carte des runes n’a rien d’homogène. Avec 1 490 inscriptions, l’Uppland, la province historique qui entoure Uppsala, en réunit à elle seule 22 %. On y compte 790 inscriptions sur des pierres dressées : plus que dans tout le corpus danois (239) et en Norvège (115) réunis.

Pour l’époque viking, 81 % des inscriptions appartiennent au corpus suédois. La base range les inscriptions selon les grands corpus nationaux publiés : le corpus danois couvre l’ancien royaume de Danemark, donc aussi la Scanie, le Halland et le Blekinge, aujourd’hui suédois, et le Schleswig, aujourd’hui allemand. Le Danemark garde par ailleurs les deux pierres les plus célèbres, celles de Jelling, au Xe siècle : la petite, dressée par le roi Gorm pour sa femme Thyra, et la grande, par leur fils Harald à la Dent bleue.

Hors de la Suède, de la Norvège et du Danemark, la base recense aussi 101 inscriptions au Groenland, 56 aux Orcades, 49 en Islande, 35 sur l’île de Man, 58 en Angleterre, en Irlande, en Écosse et aux Shetland, et 11 vers l’est, de la Lettonie à Byzance. Les historiens les relient aux déplacements des Scandinaves.

De quelle époque : surtout l’époque viking

La base classe les inscriptions en trois grandes époques. Les plus anciennes, dites urnordiques, sont antérieures à 725 environ et écrites avec le futhark ancien, l’alphabet de vingt-quatre runes. Elles sont bien moins nombreuses : 281, dont 165 dans le corpus danois, y compris des bractéates, des médaillons d’or portés en pendentif.

L’époque viking, avec le futhark récent de seize runes, en fournit 3 701, dont 3 662 explicitement datées de cette époque par la base ; les autres y sont rangées faute d’autre marque. Puis l’écriture runique ne disparaît pas avec la christianisation : le Moyen Âge, après 1100 environ, laisse encore 2 748 inscriptions. Enfin, 23 inscriptions sont marquées par la base comme postérieures au Moyen Âge.

Sur quels supports : la pierre, mais aussi le bois

62 % des inscriptions sont gravées sur de la pierre, dressée ou non (dalles funéraires, rochers, murs d’église). Mais 1 274 le sont sur du bois, un support qui pourrit et qui ne survit que dans des conditions particulières.

La Norvège en fournit 1 070. Plus de la moitié, 615, sortent de Bryggen, le vieux quartier du port de Bergen, où les fouilles menées après l’incendie de 1955 ont livré 643 inscriptions en tout. Ces données ne disent ni leur date ni leur contenu. D’après le musée universitaire de Bergen, qui conserve la collection, ces petits bâtonnets datent pour la plupart des XIIe-XIVe siècles et portent des étiquettes de marchandises, des messages, des prières et des noms : une écriture de tous les jours, loin des monuments.

Qui les a signées : quelques artisans connus

319 inscriptions portent la signature de leur graveur, par une formule du type « untel a gravé les runes ». Le graveur qui signe le plus souvent est Öpir, actif en Uppland à la fin du XIe siècle, avec 52 inscriptions signées, sans compter celles qu’on lui attribue. Suivent, presque à égalité, Balle (23) et Åsmund (21).

Ces chiffres ne comptent que les signatures. Les spécialistes attribuent bien d’autres pierres à ces artisans d’après leur style, mais une attribution reste une hypothèse : elle n’entre pas dans ce décompte.

Méthode et limites en bref

Les chiffres viennent de la Samnordisk runtextdatabas de l’Université d’Uppsala, dans sa version publique Rundata 3.1, mise à jour le 19 janvier 2018 et diffusée sous licence ouverte (Open Database License). Chaque inscription y a une ligne ; 4 918 lignes qui ne font que renvoyer à une autre cote, plus récente, ont été écartées pour ne compter aucune inscription deux fois. L’archive utilisée, nommée d’après la révision de la base qu’elle contient et mise à jour en 2018 (tableau RUNDATA.xls), est téléchargeable librement à l’adresse runforum.nordiska.uu.se/filer/srd2014.zip ; elle a été lue le 19 octobre 2026. Le pays vient du début de la cote (par exemple U pour l’Uppland, DR pour le Danemark, N pour la Norvège) ; le support, des colonnes « matériau » et « objet » ; une signature, de la mention « signé » de la colonne « graveur ». L’époque est celle que donne la base, qui marque les inscriptions urnordiques (avant 725 environ) et médiévales (après 1100 environ) ; toute inscription sans l’une de ces marques est, par convention de la base, de l’époque viking, y compris quand sa date est incertaine ; cette convention diffère des dates habituelles de l’époque viking (fin du VIIIe siècle au milieu du XIe). Le calcul est refait par un script à partir des fichiers publics de la base (RUNDATA.xls), sans aucune saisie à la main.

Plusieurs limites comptent. La base reflète l’état des découvertes et des publications à sa date : de nouvelles inscriptions sont trouvées chaque année, et la version en ligne de l’Office national suédois du patrimoine a été complétée depuis. Les « pays » sont ceux des corpus de la base, pas les frontières actuelles : la Scanie, le Halland, le Blekinge et le Schleswig sont comptés avec le Danemark. L’unité comptée est l’inscription (une cote de la base) : une même pierre peut en porter plusieurs. Enfin, le nombre d’inscriptions d’une région dit ce qui a été conservé et retrouvé, pas ce qui a été gravé : le bois se conserve mal, et les régions les mieux fouillées sont mieux représentées. Les parts sont calculées sur toutes les inscriptions, y compris les 745 disparues, dont le support et la date sont connus par d’anciens relevés ; les datations de la base sont souvent approximatives.

Questions fréquentes

Combien d’inscriptions runiques sont recensées ?

La version publique de la base de l’Université d’Uppsala, arrêtée le 19 janvier 2018, en recense 6 753. C’est un plancher : le total augmente avec les découvertes et les mises à jour.

Quel pays compte le plus d’inscriptions sur pierres runiques ?

La Suède, de loin : le corpus suédois compte 1 620 inscriptions sur des pierres dressées, contre 239 pour le corpus danois (qui inclut la Scanie, le Halland et le Blekinge, aujourd’hui suédois) et 115 en Norvège. L’Uppland en réunit à lui seul 790.

Les runes s’écrivaient-elles sur autre chose que la pierre ?

Oui : sur du bois, de l’os, du métal et même des murs. Le bois a presque toujours disparu, sauf dans des sols humides, comme à Bryggen, à Bergen, où les bâtonnets retrouvés datent surtout du Moyen Âge.

Mise à jour le 23 octobre 2026. Qui est Maël ?