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Fenrir, le loup de la mythologie nordique : enchaînement, main de Týr et Ragnarök

Dans le chapitre 34 du Gylfaginning, le loup brise deux chaînes, Leyding puis Dromi, et seul un ruban de soie nommé Gleipnir le retient.

Fenrir est un loup monstrueux, fils de Loki et de la géante Angrboða. Les dieux l’enchaînent par ruse, au prix de la main de Týr. Il se libérera au Ragnarök, la fin du monde prophétique, pour avaler Odin. Ces récits viennent de l’Edda poétique, un recueil de poèmes mythologiques, et de l’Edda de Snorri, un manuel de mythologie que l’Islandais Snorri Sturluson a rédigé au XIIIe siècle et dont le Gylfaginning est la première partie. Sur la façon dont Fenrir meurt, ces textes se contredisent.

Un fils de Loki élevé chez les dieux

Le nom de Fenrir se traduit habituellement par « habitant des marais », mais son étymologie exacte reste discutée. Selon le chapitre 34 du Gylfaginning, Loki a eu trois enfants avec Angrboða, qui vit à Jötunheimr, le pays des géants : le loup, le serpent Jörmungandr et Hel.

Les Ases, le groupe de dieux dont font partie Odin et Týr, apprennent que ces enfants grandissent chez les géants. Ils trouvent aussi des prophéties annonçant que ces trois-là leur apporteront malheur et désastre. Leur père est Loki, ce qui n’arrange rien.

Odin fait venir les enfants. Il jette Jörmungandr dans la mer profonde qui entoure toutes les terres, puis Hel dans Niflheim, avec autorité sur neuf mondes. Quant au loup, les Ases le gardent chez eux et l’élèvent.

Un seul dieu ose approcher pour le nourrir : Týr. Fenrir grossit chaque jour, et toutes les prophéties disent qu’il est destiné à leur nuire. Les dieux préparent donc trois liens.

Trois liens pour un loup

Tableau - Les trois liens de Fenrir d’après le Gylfaginning, chapitre 34

LienFabricationCe qui se passe
Leyding (écrit aussi Lœding)Une chaîne très solideFenrir la juge à sa portée et la brise au premier coup de pied
DromiDeux fois plus solideOn lui promet la gloire s’il la brise ; il y consent, se secoue, et elle vole en morceaux
GleipnirForgé par des nainsFenrir ne parvient pas à la rompre

D’après le Gylfaginning, « se délier de Leyding » et « se dégager de Dromi » sont devenus des expressions pour dire qu’on a réussi à grand-peine.

Les Ases craignent alors de ne jamais pouvoir lier le loup. Odin envoie Skírnir, le messager de Freyr, chez les elfes sombres, où des nains forgent Gleipnir, un lien magique. Ses six ingrédients n’existent plus aujourd’hui, ce sont le bruit de pas de chat, la barbe de femme, les racines de montagne, les nerfs d’ours, l’haleine de poisson et le crachat d’oiseau. Le résultat est lisse et souple comme un ruban de soie, et pourtant ferme.

Les dieux emmènent Fenrir sur l’île de Lyngvi, au milieu du lac Amsvartnir, et lui montrent le ruban. Le loup se méfie. Briser un simple ruban ne lui apporterait aucune gloire, et si le lien est magique, il ne se fie pas aux dieux pour le délier. Il pose donc sa condition : l’un d’eux mettra sa main dans sa gueule, en gage de bonne foi.

Seul Týr accepte. Plus Fenrir se débat, plus le lien se resserre. Tous les Ases éclatent de rire, sauf Týr, qui vient de perdre sa main.

Les dieux fixent le lien au sol et glissent une épée en travers de la gueule du loup, la garde sur la mâchoire inférieure et la pointe contre la supérieure. De sa bave naissent deux fleuves, Ván (« espoir ») et Víl (« volonté »). Il restera ainsi jusqu’au Ragnarök.

La main de Týr dans les textes

Le Gylfaginning raconte l’épisode deux fois. Au chapitre 25, Snorri le cite comme exemple du courage de Týr. Le gage a été demandé par Fenrir lui-même, qui ne croyait pas que les Ases le délieraient. Comme ils refusent, il mord la main de Týr, la droite, à l’endroit qu’on appelle depuis « l’articulation du loup », le poignet. Týr reste manchot, et on ne le tient plus pour quelqu’un qui réconcilie les hommes.

Le poème Lokasenna, où Loki lance ses insultes à tous les dieux, y revient. À la strophe 38, Loki reproche à Týr de ne pas savoir rendre justice entre les hommes, lui dont la main droite fut arrachée par Fenrir. À la strophe 39, Týr répond qu’il a perdu une main, mais que Loki a perdu le loup fameux.

Le Ragnarök, ou la libération du loup

Le Ragnarök comprend un hiver de trois ans sans soleil, puis une grande bataille sur la plaine de Vígríd, où périssent la plupart des dieux. La Völuspá, poème de l’Edda poétique où une völva (une voyante) révèle l’avenir à Odin, le décrit des strophes 40 à 58. Les chaînes se rompent et Fenrir est libre. À la strophe 53, Odin part combattre le loup et meurt.

Au chapitre 51 du Gylfaginning, Snorri décrit la bête ainsi :

« Le loup Fenrir marchera la gueule béante, la mâchoire inférieure rasant la terre et la mâchoire supérieure touchant le ciel, et il l’ouvrirait davantage encore s’il y avait la place. Des flammes jailliront de ses yeux et de ses narines. »

Gylfaginning, chapitre 51

Le combat de Thor contre le serpent Jörmungandr se lit dans les mêmes strophes de la Völuspá.

Plusieurs versions de la mort du loup

Vidar (Víðarr), un fils d’Odin, venge son père. Les textes ne s’accordent pas sur la manière.

Tableau - La mort de Fenrir selon les textes

TexteCe qui est dit
Völuspá, strophe 55Vidar enfonce son épée dans le cœur du loup
Vafþrúðnismál, strophes 52 et 53Le loup engloutit Odin, Vidar lui fend la gueule
Gylfaginning, chapitre 51Vidar pose le pied sur la mâchoire inférieure, saisit la supérieure et lui déchire la gueule
Grímnismál, strophe 17Vidar venge son père, sans que Fenrir soit nommé

Le Vafþrúðnismál est un jeu de questions entre Odin et le géant Vafþrúðnir. Le désaccord est le plus net dans le Gylfaginning, où Snorri cite la Völuspá puis décrit pourtant une autre mort : « D’une main, il saisira la mâchoire supérieure du loup et lui déchirera la gueule : telle sera la mort du loup. »

Tous ces récits ont été mis par écrit après la christianisation du monde nordique. Certains historiens attribuent la Völuspá à un clerc islandais postérieur à l’an mille, mais la question est débattue. De nombreux spécialistes pensent que l’Apocalypse et le jugement dernier chrétiens ont marqué le récit du Ragnarök, d’autres y voient une part de tradition plus ancienne, et le débat reste ouvert.

Questions fréquentes

Fenrir a-t-il d’autres noms ?

Oui. Fenrisúlfr signifie « loup de Fenrir », d’où la forme française « Fenris ». Hróðvitnir veut dire « loup de la gloire ».

Mise à jour le 18 octobre 2026. Qui est Maël ?