Une demeure dans une liste que personne n’a écrite
Le nom se lit sans difficulté. Vanir désigne les Vanes, et heimr veut dire « demeure » ou « monde ». Vanaheimr est donc la demeure des Vanes.
Certains textes norrois parlent de neuf mondes, mais aucun ne les énumère. La liste qui circule partout, avec Asgard, Midgard, Jötunheim, Vanaheim et les autres, est une reconstruction moderne. On suppose généralement que Vanaheim en fait partie. Le traducteur américain Henry Adams Bellows y range les huit autres mondes que sont Asgard, Álfheimr, Midgard, Jötunheimr, Svartálfaheimr, Niflheim, Múspellsheimr et Helheim. Yggdrasil et les neuf mondes ont leur propre page.
Trois textes, quelques lignes chacun
Deux recueils portent le nom d’Edda. L’Edda poétique rassemble des poèmes compilés au XIIIe siècle à partir de traditions plus anciennes. L’Edda de Snorri, ou Edda en prose, date aussi du XIIIe siècle. Vanaheim apparaît dans les deux, puis dans une saga.
- Vafþrúðnismál (Edda poétique) : ce poème est un dialogue de savoir entre Odin et le géant (jötunn) Vafþrúðnir. Gagnráðr demande d’où vient Njörðr, qui règne sur de nombreux temples et autels sans avoir grandi chez les Ases. Le géant répond que des puissances sages l’ont créé à Vanaheim et qu’il a été donné en otage aux dieux. Il ajoute qu’au Ragnarök, Njörðr retournera chez les Vanes.
- Gylfaginning (Edda de Snorri), chapitre 23 : Hár, le personnage assis sur le trône, dit que Njörðr fut élevé à Vanaheim puis envoyé en otage chez les Ases.
- Ynglinga saga (Heimskringla, de Snorri) : cette saga pratique l’évhémérisme, une lecture qui transforme les dieux en humains devenus célèbres. Au chapitre 1, le pays des Vanes est situé autour du Don, fleuve que Snorri dit avoir porté jadis le nom de « fourche de Vana ». Au chapitre 15, le roi Sveigðir épouse Vana, au Vanaland, en Suède, et leur fils s’appelle Vanlandi, « l’homme du pays des Vanes ».
Qui sont les Vanes
Njörðr, son fils Freyr et sa fille Freyja forment le noyau du groupe. Freyja a sa propre fiche.
L’historienne britannique Hilda Ellis Davidson, spécialiste des religions nordiques, relève un lien entre les Vanes et les esprits des lieux, ceux qui habitent les tertres, les collines et l’eau. Il s’agit d’une hypothèse de savante.
La guerre avec les Ases
Les Ases et les Vanes se sont battus, puis la guerre s’est terminée par une trêve et un échange d’otages. Le récit de cet échange se trouve dans l’Ynglinga saga, au chapitre 4. Les Ases y envoient le dieu Hœnir à Vanaheim, où il est aussitôt fait chef.
Les versions ne concordent pas sur les otages vanes. La Vafþrúðnismál et la Gylfaginning nomment Njörðr, alors qu’on lit aussi que Freyr et Freyja furent envoyés chez les Ases. Aucune des sources évoquées ici ne raconte la guerre complète, du début à la fin.
Lieu ancien ou invention de Snorri ?
Le philologue autrichien Rudolf Simek affirme que Snorri a « sans aucun doute » inventé le nom Vanaheimr, comme pendant d’Asgard. Il ne mentionne pas la strophe de la Vafþrúðnismál. Or l’Edda poétique, compilée au XIIIe siècle, reprend des traditions plus anciennes. Si ce poème est en effet antérieur à Snorri, le nom n’est pas de lui.
Davidson ne tranche pas sur la place de Vanaheim parmi les mondes. Elle remarque que Freyr, Njörðr et d’autres Vanes figurent à Asgard avec les Ases, et elle juge probable que Vanaheim se situe dans le monde souterrain.
Ce qu’on a imaginé depuis
Dans God of War Ragnarök (2022), Vanaheim est une région de plaines, de cratère et de dragons. Aucun texte ancien ne décrit ces paysages.
Certains récits modernes inventent aussi des épisodes de la guerre, comme un palais de Vanaheim détruit. Ces scènes ne viennent d’aucune source ancienne. Quant au retour de Njörðr chez les Vanes, la Vafþrúðnismál le place à la fin du monde, que raconte la page sur le Ragnarök.
