Runes Raidho : signification, nom et poèmes runiques de la rune ᚱ
Le poème runique norvégien associe la rune de la chevauchée à Reginn, forgeron de la légende de Sigurd, tandis que l’islandais y voit la « peine du cheval ».
Raidho (ᚱ) est la cinquième rune du futhark ancien et note le son r. Son nom signifie « chevauchée » ou « voyage ». Les trois poèmes runiques médiévaux qui la décrivent ne disent pas la même chose, et le sens « chemin, avancée » des livres de divination date du XXe siècle.
Le nom et le son de la rune
Le futhark ancien est l’alphabet de 24 runes employé du IIe au VIIIe siècle environ. Son nom vient de ses six premières runes : f, u, þ, a, r, k. Vous trouverez les deux alphabets runiques dans l’article sur l’alphabet runique.
Raidho occupe la cinquième place, entre Ansuz et Kaunan. Elle appartient à la première ætt, un groupe de huit runes qui va de Fehu à Wunjo.
« Raidho » est une forme reconstruite. L’astérisque de *Raidō signale un mot proto-germanique, celui de la langue commune d’où sont issus l’allemand, l’anglais et le norrois. Aucun texte ne le donne directement. Les linguistes le restituent en comparant le nom de la lettre gotique 𐍂, raida (le gotique est la langue des Goths), le vieux saxon rêda, et les noms des poèmes : rád en anglo-saxon, reið en vieux norrois.
Le sens est le même partout, « chevauchée, voyage ». Le mot a laissé des descendants que vous connaissez peut-être :
- ride en anglais, qui désigne un trajet ;
- reiten en allemand, « monter à cheval » ;
- rijden en néerlandais, « chevaucher, se déplacer » ;
- rida en suédois, « chevaucher ».
Selon une hypothèse des historiens, le tracé de la rune pourrait venir du R latin, mais l’origine des runes reste débattue et les spécialistes la discutent surtout à partir d’alphabets italiques du Nord, dont les liens avec le latin sont complexes. Pour la liste complète, voyez les 24 runes.
Ce que disent les trois poèmes
Un poème runique consacre une strophe à chaque rune. Il en existe trois : un anglo-saxon, un norvégien et un islandais. Les traductions ci-dessous suivent Bruce Dickins (Runic and Heroic Poems of the Old Teutonic Peoples, 1915), mises en français par Norrois. Dans la strophe anglo-saxonne, le premier mot, celui qui désigne la chevauchée, est d’un sens incertain.
« (Le mot est incertain) semble facile à tout guerrier tant qu’il est à l’abri, et très courageux à celui qui parcourt les grands chemins sur un cheval robuste. »
« La chevauchée, dit-on, est ce qu’il y a de pire pour les chevaux ; Reginn forgea la meilleure épée. »
« Chevauchée : joie du cavalier, voyage rapide, peine du cheval. »
| Poème | Mot ancien | Qui est regardé | Ce qu’il en dit |
|---|---|---|---|
| Anglo-saxon | rád | Le guerrier | Facile à l’abri, courageux sur la route |
| Norvégien | reið | Le cheval | Ce qu’il y a de pire pour lui |
| Islandais | reið | Le cavalier, puis sa monture | Joie du cavalier, peine du cheval |
Deux poèmes sur trois pensent donc à l’animal. Dans le poème norvégien, la chevauchée coûte surtout au cheval. Dans l’islandais, elle réjouit l’un et fatigue l’autre. Aucun des trois ne présente le voyage comme une promesse.
Prenons deux situations d’aujourd’hui : être au chaud chez soi à rêver d’un long trajet, ou déjà sur l’autoroute après six heures de route. Une lecture contemporaine peut rapprocher cet écart de la strophe anglo-saxonne, qui oppose le guerrier à l’abri et celui qui parcourt les grands chemins. Le poème ne le formule pas en ces termes.
Reginn, l’épée et le dragon
La strophe norvégienne surprend : on y parle de chevauchée, puis soudain d’un forgeron. Reginn est un personnage de la légende de Sigurd, héros que racontent l’Edda poétique et la saga des Völsungar. Il élève le jeune homme et forge pour lui l’épée Gram. Avec elle, Sigurd tue Fáfnir, le dragon qui garde un trésor d’or. D’après la saga, ce dragon est le frère de Reginn, qui pousse Sigurd à le combattre pour récupérer l’or.
Rien dans la strophe ne relie la chevauchée à cette histoire. Les historiens y voient plutôt un rapprochement d’initiale, puisque reið et Reginn commencent par la même lettre. C’est une hypothèse. L’épée « la meilleure » est sans doute Gram, mais le poème ne la nomme pas.
Attesté ou inventé ?
Cette divination est donc un usage récent, à prendre comme un outil de réflexion. Tacite, historien romain, décrit vers l’an 98 dans la Germanie (chapitre 10) un tirage de baguettes marquées de signes. Il ne dit pas que ce sont des runes.
Une question pour la lire
Dans la transcription d’un prénom en runes, le son r s’écrit avec ᚱ, comme dans « Romain » ou « Marie ».
Questions fréquentes
Raidho est-elle une rune de protection ou de chance ?
Aucun poème ne lui attribue ces pouvoirs. Les poèmes parlent de chevauchée, de cheval et d’épée. Les vertus de protection ou de chance viennent de l’usage moderne des runes.
Quelle est la différence entre Raidho, Raido et Reið ?
Raidho et Raido sont deux transcriptions du même nom proto-germanique reconstruit. Reið est la forme du vieux norrois, celle des poèmes norvégien et islandais. L’anglo-saxon dit rád.