Berkana runes : le bouleau, les poèmes runiques et le sens moderne de ᛒ
Le poème runique norvégien rattache le bouleau à Loki en deux vers : « Le bouleau a les feuilles les plus vertes de tous les arbustes ; Loki eut de la chance dans sa tromperie. »
Berkana (ᛒ) est la rune du bouleau. Son nom le dit dans toutes les traditions qui l’ont gardé, et c’est la seule donnée qui ne varie jamais. Elle note le son b et occupe la dix-huitième place du futhark ancien, l’alphabet de 24 runes employé du IIe au VIIIe siècle environ. Renaissance, féminité et fertilité viennent presque entièrement de livres du XXe siècle.
Un nom d’arbre
Aucun texte ne donne le nom de cette rune sous sa forme la plus ancienne. Les linguistes la restituent : *berkanan, avec un astérisque, signe qui marque en linguistique une forme reconstruite. Elle appartient au proto-germanique, la langue d’où descendent l’anglais, l’allemand et les langues scandinaves, et elle veut dire « bouleau ». Vous reconnaissez le mot dans l’anglais birch et l’allemand Birke.
Cette reconstruction s’appuie sur plusieurs témoins. Les Goths, un peuple germanique, ont utilisé le futhark avant d’adopter leur propre alphabet au IVe siècle. Ils ont donné un nom à chaque lettre, et ces noms reprennent probablement ceux des runes. Pour le b, la forme bercna est notée à la fin du VIIIe siècle par le lettré Alcuin d’York. L’anglo-saxon dit beorc, et le norrois bjarkan, une forme ancienne, car le mot courant pour le bouleau est bjǫrk.
Les linguistes pensent que ce b pouvait aussi se prononcer comme une consonne proche du v, notée [β].
Berkana est la deuxième rune de la dernière ætt, l’une des trois familles de huit runes du futhark ancien. Cette famille porte le nom de Tiwaz, la rune qui précède Berkana, et Ehwaz la suit. La liste complète est détaillée dans les 24 runes. L’alphabet de 16 runes de l’époque viking, où ᛒ note à la fois b et p, est comparé au futhark ancien sur la page alphabet runique.
Ce que disent les trois poèmes runiques
Un poème runique est un poème médiéval qui décrit chaque rune sous son nom. Trois sont conservés, anglo-saxon, norvégien et islandais, et ils consacrent chacun quelques vers au bouleau. Les traductions ci-dessous suivent celles de Bruce Dickins, un érudit britannique qui a édité ces textes en 1915.
« Le peuplier ne porte pas de fruit ; pourtant, sans graine, il donne des rejets, car il naît de ses feuilles. Ses branches sont splendides, et sa haute cime, qui touche au ciel, est magnifiquement parée. »
« Le bouleau a les feuilles les plus vertes de tous les arbustes ; Loki eut de la chance dans sa tromperie. »
« Bouleau : rameau feuillu, petit arbre, jeune arbuste plein de sève. »
Dickins écrit « peuplier » pour le poème anglo-saxon, alors que le nom beorc désigne le bouleau dans les autres traditions. Les poèmes scandinaves, eux, parlent bien du bouleau.
Les trois textes ne disent pas la même chose. Le premier décrit un arbre qui se multiplie sans graine et dont la cime atteint le ciel. Le deuxième parle de verdure, puis de Loki, sans préciser l’épisode auquel il pense. Le troisième ne donne que des images de jeunesse végétale. Pour retrouver ce dieu rusé dans les récits, rendez-vous sur la page consacrée à Loki.
Attesté ou inventé ?
Vous cherchez peut-être ce que Berkana « représente ». Les poèmes parlent d’un arbre, de ses rejets, de ses feuilles et d’un jeune arbuste. Ils ne mentionnent ni maternité ni déesse.
| Idée | Où on la trouve | Statut |
|---|---|---|
| Le nom de la rune signifie « bouleau » | Nom reconstruit, forme gotique, anglo-saxon, norrois | Attesté |
| Arbre qui donne des rejets sans graine | Poème anglo-saxon | Attesté |
| Feuilles vertes, lien avec Loki | Poème norvégien | Attesté |
| Rameau feuillu, jeune arbuste | Poème islandais | Attesté |
| Renouveau, croissance | Livres de divination du XXe siècle | Moderne |
| Rune féminine, maternelle, fertilité, liée à Frigg ou à Freyja | Livres de divination du XXe siècle | Moderne |
Les lectures modernes ne sortent pas de nulle part. Un arbre qui repart de lui-même, un jeune arbuste, un feuillage qui verdit : on comprend que des auteurs y aient vu de la croissance. Ils prolongent le poème bien au-delà de ce qu’il dit.
La divination par les runes est elle-même une pratique du XXe siècle. Elle peut servir d’outil de réflexion, jamais de prédiction. Sur Norrois, le tirage des runes affiche la strophe médiévale de la rune tirée et précise cet usage moderne.
Questions fréquentes
Comment créer des runes ?
Les runes forment un alphabet qui existe déjà, et il n’y a donc pas à en créer. On peut en revanche écrire un mot avec elles, en suivant les sons plutôt que les lettres. Le résultat change selon que l’on choisit le futhark ancien ou le futhark récent.
Quel est le pouvoir des runes ?
Aucun poème runique ne décrit un pouvoir attaché à une rune : ils donnent des noms et des images. Tacite, historien romain, décrit vers l’an 98 dans la Germanie (chapitre 10) un tirage de baguettes marquées de signes, mais il ne dit pas que ce sont des runes. Le pouvoir que les livres leur prêtent aujourd’hui relève d’une pratique moderne.