Valhalla : la halle d’Odin, les einherjar et qui y va dans les sources
Selon Snorri Sturluson, le sanglier Sæhrímnir est bouilli chaque jour et revient entier chaque soir, tandis que les guerriers du Valhalla se relèvent chaque matin pour se battre de nouveau.
Valhalla vient du norrois, la langue des anciens Scandinaves. Valhǫll associe valr, « les morts du champ de bataille », et hǫll, « la halle ». C’est la grande salle du dieu Odin, à Asgard. Les einherjar, des guerriers morts au combat, s’y battent le matin et y banquettent le soir en attendant la bataille de la fin du monde. Les textes sont moins catégoriques sur qui y entre que l’idée courante ne le laisse croire.
Une halle aux toits de boucliers
Le poème Grímnismál décrit la halle par la voix d’Odin, déguisé sous le nom de Grímnir. Il appartient à l’Edda poétique, un recueil de poèmes mis par écrit au XIIIe siècle à partir de traditions plus anciennes. Les chevrons y sont des lances et le toit est couvert de boucliers. Des cottes de mailles recouvrent les bancs. Un loup est pendu devant la porte de l’ouest, et un aigle plane au-dessus.
Snorri Sturluson, écrivain islandais du XIIIe siècle, reprend ces vers dans son Edda, dite Edda de Snorri. Dans la Gylfaginning, sa première partie, le roi Gylfi entre dès le chapitre 2 dans la halle sous le nom de Gangleri. Il la trouve si haute qu’on en voit à peine le toit. Les chapitres 38 à 41 sont consacrés à la halle et à ses habitants.
À l’extérieur de la halle pousse l’arbre Glasir, au feuillage d’or. Les skaldes, les poètes norrois, en ont tiré une façon de dire « or » : le « feuillage de Glasir ». Ce procédé, qui remplace un mot par une image, s’appelle une kenning.
Une journée d’einherji
Le matin, les einherjar s’arment et descendent dans le pré d’Odin pour s’y combattre.
« Tous les Einherjar / dans le pré d’Odin / chaque jour se pourfendent. / Ils désignent les morts, / puis, du combat, à cheval ils reviennent. / Ensemble ils siègent ensuite, réconciliés. »
Selon Snorri, les morts se relèvent à l’heure du premier repas. Le sanglier Sæhrímnir est alors bouilli par le cuisinier Andhrímnir dans le chaudron Eldhrímnir. Il est de nouveau entier le soir, prêt pour le lendemain.
Pour boire, la chèvre Heiðrún broute le feuillage de l’arbre Læraðr, sur la halle, et donne un lait qui est de l’hydromel. Le cerf Eikthyrnir broute au même endroit, et les gouttes de ses bois s’écoulent jusqu’à Hvergelmir, d’où partent les rivières du domaine des Ases.
Odin, lui, ne mange pas. Il donne sa part à ses deux loups, Geri et Freki, et ne vit que de vin. Le service est assuré par les valkyries, des figures féminines surnaturelles dont le nom veut dire « celles qui choisissent les morts », et par Skuld, la plus jeune des Nornes, les divinités du destin.
Un combat pour la fin du monde
Tout ce monde attend le Ragnarök, la bataille de la fin du monde où dieux et monstres s’affrontent.
« Huit [grandes] centaines d’Einherjar / sortiront en même temps par chaque porte / quand ils iront se battre avec le loup. »
Le loup est Fenrir. Avec une grande centaine de 120, cela fait 960 hommes par porte, donc 614 400 pour les 640 portes de la halle. Ce total est un calcul de lecteurs modernes, aucun poème ne le donne.
On voit volontiers dans les duels du pré une préparation à cette bataille. Cette lecture est celle des commentateurs modernes, que le rôle d’armée attribué aux einherjar rend plausible.
Qui entre au Valhalla ?
Dans Grímnismál, Odin choisit chaque jour parmi les morts au combat. Snorri écrit de son côté qu’Odin envoie les guerriers tombés soit au Valhalla, soit à Vingólf, un autre séjour qu’il nomme sans le décrire.
Le camp ne compte pas non plus. Dans Helgakviða Hundingsbana II, le héros Helgi meurt et gagne le Valhalla. Odin lui propose de gérer les choses avec lui. Hunding, son ancien ennemi, s’y trouve aussi, mais il fait les corvées : porter les bains de pieds, allumer le feu, attacher les chiens, garder les chevaux et nourrir les porcs avant de pouvoir dormir.
Attesté ou inventé ?
- Poèmes anciens : Grímnismál et Helgakviða Hundingsbana II, dans l’Edda poétique, donnent la halle, le combat et les corvées de Hunding. Eiríksmál, un poème anonyme du Xe siècle sur la mort du roi Éric, est parvenu jusqu’à nous par Fagrskinna.
- Mise en ordre par Snorri : au XIIIe siècle, il rassemble les détails dans la Gylfaginning et ajoute Vingólf.
- Moderne : au XIXe siècle, Richard Wagner met en scène la construction du Walhall dans L’Or du Rhin, prologue de L’Anneau du Nibelung. Les séries et jeux présentent souvent le Valhalla comme la récompense de tout Viking mort l’arme à la main, alors que les poèmes cités ici parlent d’un choix d’Odin parmi les morts au combat.
Questions fréquentes
Est-ce que les femmes vont au Valhalla ?
Dans les poèmes, les femmes de la halle sont des valkyries qui servent les einherjar. Le cas d’une femme morte au combat et choisie par Odin n’y est pas traité.
Quel est le symbole du Valhalla ?
Aucune source ancienne ne fixe d’emblème pour la halle. Le valknut est souvent présenté ainsi dans la culture populaire, mais aucun texte ancien ne le relie au Valhalla.