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Runes Nauthiz (Naudhiz) : signification, nom et poèmes runiques de la rune du besoin

Le Sigrdrífumál ordonne de graver la rune ᚾ sur l’ongle, dans un passage consacré aux runes de la bière, sans dire pourquoi.

Nauthiz, que l’on écrit aussi Naudhiz, est la rune ᚾ du futhark ancien, l’alphabet runique en usage du IIe au VIIIe siècle. Son nom signifie « besoin » ou « détresse », et elle note le son n. Les trois poèmes runiques du Moyen Âge lui consacrent chacun une strophe. Le destin, la résistance active et le tri entre besoin et envie viennent d’une lecture moderne.

Un nom, un son, une place

La rune ᚾ occupe la dixième place du futhark. Elle est la deuxième de sa famille de runes, la ætt (au pluriel, ættir), celle de Hagalaz. Elle suit Hagalaz et précède Isa.

Aucun texte ne livre son nom en proto-germanique, la langue commune disparue des peuples germaniques. Les savants le reconstruisent à partir de formes attestées, et l’astérisque devant un mot signale cette reconstruction. Ils posent ainsi *Naudiz, « besoin, détresse », pour le proto-germanique. Le nom de la rune est nýd en anglo-saxon, la langue de l’Angleterre ancienne, et nauðr en vieux norrois, la langue des Scandinaves du Moyen Âge. La lettre gotique 𐌽 s’appelle nauþs.

Cette dernière forme vient d’un manuscrit de Vienne, le Codex Vindobonensis 795, qui donne la graphie noicz pour la lettre gotique. Les savants la restituent en nauþs. Le vieux saxon nôd confirme le même mot. De cette famille est sorti l’anglais need, « besoin ».

L’origine du signe reste débattue. Des historiens estiment qu’il a pu être inventé pour les runes, ou adapté du N de l’alphabet rhétique, celui des Rhètes, un peuple des Alpes. Dans le futhark récent, la version à 16 runes de l’époque viking, la rune se poursuit sous le nom de nauðr.

Trois poèmes, une strophe chacun

Un poème runique est un texte médiéval qui consacre une strophe à chaque rune. Nauthiz figure dans les trois, le poème anglo-saxon, le norvégien et l’islandais. Les traductions suivent l’édition de Bruce Dickins, Runic and Heroic Poems of the Old Teutonic Peoples (Cambridge University Press, 1915).

Le poème runique anglo-saxon, à la rune nýd, dit ceci :

« La détresse pèse sur le cœur ; pourtant elle devient souvent une source d’aide et de salut pour les enfants des hommes, pour qui y prend garde à temps. »

Poème runique anglo-saxon, strophe de nýd

Le poème runique norvégien, à la rune nauðr, est plus bref :

« La contrainte laisse peu de choix ; l’homme nu est transi par le gel. »

Poème runique norvégien, strophe de nauðr

Le poème runique islandais, lui aussi à nauðr, énumère des états :

« Contrainte : chagrin de la servante, état d’oppression, travail pénible. »

Poème runique islandais, strophe de nauðr

Les trois textes s’accordent sur la pesanteur du besoin, qu’il prenne la forme du froid, de la servitude ou du chagrin. Seul le poème anglo-saxon ajoute que la détresse peut aussi devenir un secours, à condition d’y prêter attention à temps.

Une rune sur l’ongle

Le Sigrdrífumál est un poème de l’Edda poétique, un recueil de poèmes nordiques. La valkyrie Sigrdrífa y instruit le héros Sigurd. Elle lui parle des runes de la bière :

« Il vous faut connaître les runes de la bière, si vous ne voulez pas que la femme d’un autre abuse de votre confiance quand vous lui donnez rendez-vous. Gravez-les sur la corne à boire et sur le dos de la main, et gravez la rune ᚾ sur l’ongle. »

Sigrdrífumál, passage sur les runes de la bière

Le texte demande donc de tracer ᚾ sur l’ongle. Il ne précise ni l’effet attendu, ni pourquoi l’ongle. Ce passage atteste un usage magique de la rune dans un poème médiéval, sans rien dire de divination.

Attesté ou ajouté ?

Les textes anciens attestent le nom, le sens de « besoin » et les trois strophes. Les lectures qui font de Nauthiz une rune du destin ou de la résistance active sont, elles, des ajouts d’auteurs modernes.

Ce que disent les textes anciens de Nauthiz et ce qu’on y a ajouté
SujetDans les textes anciensAjout moderne
Le sensbesoin, détresse, contrainteadversité qui forge, résistance active, « force créatrice »
Le destinles trois strophes ne l’évoquent pasrattachement à Skuld, la plus jeune des Nornes, les femmes qui tissent le destin
L’usageun geste sur l’ongle dans le Sigrdrífumál, sans explicationtirage divinatoire

Les runes ont bien eu, dans les textes anciens, des usages magiques, comme le montre le Sigrdrífumál. La divination par les runes sous la forme du tirage, en revanche, date du XXe siècle. Tacite, historien romain, décrit dans la Germanie (chapitre 10) un tirage de baguettes marquées de signes, sans dire que ce sont des runes. Aujourd’hui, le tirage sert d’outil de réflexion, sans rien prédire.

Besoin ou envie, la lecture moderne

Les lectures actuelles de Nauthiz tournent autour du manque et de la nécessité qui oblige à agir. Elles invitent à se demander de quoi l’on a vraiment besoin et ce qui n’est qu’une envie. Ces idées sont récentes. Elles prolongent de loin le sens du nom, sans figurer dans les strophes médiévales.

Sources

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre Nauthiz, Naudhiz et Nauðr ?

Nauthiz et Naudhiz sont deux transcriptions modernes du même nom reconstruit, qui rendent la consonne du milieu par th ou dh. Nauðr est la forme attestée en vieux norrois, avec la lettre ð.

Mise à jour le 18 octobre 2026. Qui est Maël ?