Runes Algiz : signification, nom et poèmes runiques de la rune ᛉ
Dans les inscriptions les plus anciennes, comme la boucle de Vimose ou le fourreau de Thorsberg, la rune ᛉ note le z final de mots comme ansuz ou þewaz.
Algiz désigne donc d’abord une lettre, celle d’un son z qui a disparu des langues scandinaves. Son nom est une reconstruction moderne, et la seule strophe médiévale qui la décrit parle d’une plante de marais qui blesse.
Une lettre pour le son z
En bref, le sens « protection », très répandu aujourd’hui, est celui que lui donnent les livres de divination modernes, une pratique du XXe siècle à lire comme un outil de réflexion. Aucun poème runique ne le porte. Les sections qui suivent disent d’où il vient et ce que l’on sait de la rune elle-même.
La rune ᛉ est la quinzième du futhark ancien, l’alphabet de 24 runes employé du IIe au VIIIe siècle environ. Il précède le futhark récent de l’époque viking, réduit à 16 runes. Les 24 signes sont rangés en trois ætts, des familles de huit runes. ᛉ est la septième de la deuxième, celle de Hagalaz, entre Perþō et Sōwilō. Les autres signes sont détaillés dans la page des 24 runes.
Le z ne se trouvait jamais au début d’un mot en germanique ancien, la langue commune dont sont issus l’allemand, le néerlandais et les langues scandinaves. Il servait de terminaison aux noms masculins quand ils sont sujets de la phrase. Dans les exemples conservés, la rune se trouve en fin de mot :
- ansuz, sur la boucle de Vimose ;
- þewaz, sur le fourreau de Thorsberg ;
- wagagastiz, un nom propre, sur le manche de hache de Nydam (IVe siècle) ;
- hlewagastiz holtijaz, un nom de personne, sur les cornes d’or de Gallehus (début du Ve siècle).
Dans les plus anciennes inscriptions, la rune a toujours sa forme en Ψ. À partir du Ve siècle environ apparaît en option une variante tête en bas, qui deviendra celle des Vikings.
Un nom reconstruit
Le nom « Algiz » n’est attesté nulle part. En 1821, le philologue allemand Wilhelm Grimm a lu dans le poème anglo-saxon le nom eolh-secg pour cette rune. Eolh désigne l’élan, l’animal, et secg la laîche, une plante de marais. De là vient la forme reconstruite *algiz, « élan ». Les manuscrits écrivent pourtant ce nom de bien des façons (eolx, ilcs, ilix, elux) et donnent à la rune la valeur du x latin.
La plupart des spécialistes pensent qu’il ne s’agit pas du nom d’origine. Presque toutes les runes portent un nom qui commence par leur propre son, ce qu’on appelle un nom acrophonique : ᚠ note f et s’appelle fehu. Pour ᛉ, c’est impossible puisque le z n’ouvre jamais un mot. Seule la lettre gotique correspondante, appelée ezec dans le Codex Vindobonensis 795, un manuscrit médiéval, donne un indice, mais son sens est obscur.
Plusieurs hypothèses circulent, aucune établie :
- Warren et Elliott prennent eolh au pied de la lettre et reconstruisent *algiz, qu’ils comprennent comme « protection, défense ».
- Une autre école part d’Alcis, nom de divinité cité par Tacite, historien romain, dans la Germanie. Elle y voit un « dieu élan ».
- D’autres rapprochements, plus isolés, ont été proposés, comme l’hélice ou la roue.
Ce que dit le poème runique
Un poème runique est un texte médiéval qui donne, pour chaque rune, une courte strophe. Il en existe un anglo-saxon, un norvégien et un islandais. Seul le poème anglo-saxon décrit ᛉ. La traduction ci-dessous suit Bruce Dickins, qui l’a éditée en 1915 dans Runic and Heroic Poems of the Old Teutonic Peoples.
« (Une sorte de) laîche pousse surtout dans les marais ; elle croît dans l’eau et fait une blessure affreuse, couvrant de sang tout guerrier qui la touche. »
Chez les Anglo-Saxons, la rune ᛉ a gardé sa forme mais ne note plus aucun son, sauf parfois le x latin. En Scandinavie, le z est devenu un r particulier, que l’on transcrit ʀ. Ce passage de z à r porte le nom de rhotacisme. Le nouveau son s’écrit à partir du VIIe siècle environ avec la rune ᛉ retournée tête en bas, ᛦ. Il se confond avec le r ordinaire vers le XIe ou le XIIe siècle.
Cette rune retournée a reçu le nom ýr, « if », qui appartenait à une autre rune, Eihwaz, tombée en désuétude. Les poèmes norvégien et islandais décrivent donc ᛦ, qui est une rune à part avec son propre son.
Attesté ou inventé ?
Plusieurs idées circulent sur Algiz sans qu’aucun texte ancien cité ici les appuie.
| Idée répandue | Ce que l’on peut dire |
|---|---|
| Rune gravée sur les boucliers et les portes | Les inscriptions citées plus haut portent le z final de mots sur des armes et des objets. Un usage sur boucliers ou portes n’y apparaît pas. |
| Empreinte d’un pied de corbeau, celui de Huginn, corbeau d’Odin | Image moderne. Aucun des trois poèmes runiques ne mentionne de corbeau. |
| Main de Heimdall, rune des Valkyries | Rapprochements modernes, que les poèmes ne mentionnent pas. |
| Bois d’élan | Repose sur le nom reconstruit à partir de la lecture de Grimm, contestée. |
Le sens « protection » est celui que retiennent les livres de divination modernes. Il rejoint l’hypothèse de Warren et Elliott sur le nom *algiz, mais aucun poème ne le porte. La divination par les runes est une pratique moderne (XXe siècle). Tacite décrit bien, au chapitre 10 de la Germanie, un tirage de baguettes marquées de signes, mais il ne dit pas que ce sont des runes.
Dans les livres de divination, une rune tirée tête en bas est dite merkstave et se lit à l’inverse de son sens droit. Cette convention est moderne. Le tirage des runes du site accompagne chaque rune de sa strophe médiévale et présente la pratique comme un outil de réflexion.
La Lebensrune et ses reprises
À la fin du XIXe siècle, le mouvement völkisch, un courant nationaliste et occultiste des mondes allemand et autrichien, s’empare des runes. Guido von List, un occultiste autrichien, publie en 1908 Das Geheimnis der Runen, un alphabet de 18 runes qu’il prétend avoir reçues en vision.
Les nazis reprennent ensuite le signe ᛉ sous le nom de Lebensrune, « rune de vie », et sa forme renversée sous celui de Todesrune, « rune de mort ». On les trouve dans des services de santé et sur des tombes, notamment celles de Waffen-SS (les troupes armées de la SS), pour marquer naissance et décès. Cet usage reste mineur parmi les symboles nazis. Après 1945, des groupuscules néo-nazis reprennent le signe, dont l’Alliance nationale américaine.
Questions fréquentes
Quelle est la rune la plus puissante en matière de protection ?
L’idée d’un classement par puissance est elle-même moderne. Les poèmes décrivent chaque rune par une image, sans les hiérarchiser. Les livres de divination modernes associent Algiz à la protection, mais un autre auteur pourrait en désigner une autre sans qu’aucun poème runique le contredise.
Que signifie la rune Algiz en amour ?
Les poèmes runiques ne donnent aucun sens amoureux à cette rune. Les lectures sur le couple, le travail ou la santé sont écrites par des auteurs modernes, chacun à sa façon. Elles peuvent servir de point de départ à une réflexion personnelle, sans valeur de prédiction.