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Valkyrie : qui sont les valkyries dans les sources nordiques ?

Dans la strophe 30 de la Völuspá, une voyante dit avoir vu des valkyries venir de loin et en nomme six, de Skuld à Geirskögul.

Dans les textes nordiques anciens, une valkyrie est une figure féminine au service d’Odin. Elle choisit sur le champ de bataille ceux qui vont mourir et conduit une partie d’entre eux au Valhalla (Valhöll), la halle d’Odin. Les poèmes lui donnent des noms, des rôles très variés et parfois un amant. Leur nombre n’est jamais fixé, aucune reine n’est désignée et personne ne leur prête des ailes.

Un mot qui veut dire « celle qui choisit les morts »

Le vieux norrois, la langue des Scandinaves du Moyen Âge, dit valkyrja, au pluriel valkyrjar. Le mot réunit valr, les corps gisant sur un champ de bataille, et kjósa, « choisir ». Une valkyrie est donc celle qui choisit les morts. La forme française « walkyrie » vient de l’allemand Walküre, popularisé par Wagner.

Presque tout ce que l’on sait d’elles vient de deux ensembles de textes. L’Edda poétique est un recueil de poèmes anonymes copiés en Islande au XIIIe siècle. L’Edda de Snorri est un manuel de mythologie rédigé à la même époque par l’Islandais Snorri Sturluson. Ces textes ont été mis par écrit par des chrétiens, longtemps après l’époque où l’on honorait Odin. Ils conservent des récits plus anciens, transmis à l’oral, sans qu’on puisse toujours dire quelle part de chaque détail est ancienne.

Choisir les morts, servir à boire

Les valkyries dirigent les batailles et décident qui tombe. Les guerriers choisis deviennent des einherjar, les « guerriers seuls », hôtes d’Odin au Valhalla, où ils s’entraînent en attendant le Ragnarök, la fin du monde. Dans cette halle, les valkyries portent la bière et l’hydromel.

Elles n’emmènent pas tous les morts. Dans le Grímnismál, un poème où Odin, déguisé en Grímnir, raconte les demeures des dieux, Freyja reçoit chaque jour la moitié des guerriers tombés (strophe 14). Elle les accueille dans son domaine, Fólkvangr. Les textes ne disent pas selon quels critères les morts se répartissent entre elle et Odin.

Des pierres gravées de Gotland, une île suédoise, montrent une femme qui tend une corne à un cavalier arrivant devant une halle. Le valknut y figure parfois. Des historiens y voient une valkyrie qui accueille un défunt, mais c’est une hypothèse.

Les noms : six dans la Völuspá, treize dans le Grímnismál

Dans la Völuspá, le poème où une völva (une voyante) raconte l’histoire du monde à Odin, la voyante dit à la strophe 30 qu’elle a vu des valkyries prêtes à chevaucher. Elle en nomme six : Skuld, Skögul, Gunnr, Hildr, Göndul et Geirskögul.

Dans le Grímnismál, Odin, affamé et assoiffé, demande que Hrist et Mist lui apportent une corne à boire. Il nomme ensuite onze autres valkyries qui servent la bière aux einherjar : Skeggjöld, Skögul, Hildr, Þrúðr, Hlökk, Herfjötur, Göll, Geirahöð, Randgríð, Ráðgríð et Reginleif. Cela fait treize noms en tout (strophe 36). Aucun texte, pourtant, ne parle de « treize valkyries » comme d’un groupe fixe.

Beaucoup de noms disent la guerre :

  • Hildr : bataille
  • Gunnr : guerre
  • Göndul : manieuse de baguette
  • Göll : tumulte
  • Skeggjöld : âge de la hache
  • Hrist : celle qui secoue
  • Skuld : « dette » ou « futur », le sens est discuté

Tisser la bataille : le Darraðarljóð et les nornes

Le Darraðarljóð, « chant de Darraðr », est inséré dans la saga de Njáll, texte islandais du XIIIe siècle. Il se rapporte à la bataille de Clontarf, en Irlande, en 1014. Un homme nommé Dörruðr regarde par la fenêtre d’une hutte et voit des femmes devant un métier à tisser. La chaîne est faite d’entrailles, des têtes d’hommes servent de poids, une flèche sert de navette. Elles chantent en tissant, et le chant dit le sort de la bataille.

Cette scène rapproche les valkyries des nornes, les divinités du destin. La frontière entre les deux est floue, et Skuld appartient aux deux groupes. Elle figure dans la liste des valkyries de la Völuspá et, plus haut dans le même poème, parmi les nornes.

Amantes, cygnes et chevauchées : les poèmes héroïques

Dans d’autres poèmes, les valkyries ont un visage plus humain. Elles sont parfois filles de rois et aiment des héros.

  • Sigrún protège et aime le héros Helgi dans la Helgakviða Hundingsbana II. Sváfa joue un rôle voisin dans la Helgakviða Hjörvarðssonar.
  • Dans l’épilogue de la Helgakviða Hundingsbana II, Kára, amante d’un autre Helgi, survole la bataille sous la forme d’un cygne et lance des sorts en sa faveur.
  • Dans le Sigrdrífumál, le héros Sigurd trouve Sigrdrífa endormie, en armure, sur une montagne. Elle lui enseigne des runes. Dans la saga des Völsungar, texte islandais du XIIIe siècle, cette femme est identifiée à Brynhildr, que ce récit dit endormie par Odin pour avoir donné la victoire au mauvais roi.
  • La prose d’introduction de la Völundarkviða montre trois femmes, Ölrún, Svanhvít et Alvitr, qui filent du lin au bord d’un lac. Ce sont des femmes-cygnes, des jeunes femmes qui revêtent un plumage d’oiseau. Elles vivent sept ans avec les frères qui les ont trouvées, puis s’envolent. Les commentateurs les rangent parmi les valkyries, une assimilation interprétative fondée sur le motif du cygne, que la scène elle-même ne formule pas à travers un combat ni un choix des morts.

Attesté ou inventé ?

Les historiens ignorent l’origine de ces figures. Certains supposent d’anciens démons de la mort, d’autres des guerrières de légende. L’image moderne se date plus précisément.

L’opéra La Walkyrie de Richard Wagner est joué pour la première fois à Munich en 1870. Pour la création complète du Ring à Bayreuth, en 1876, les costumes de Carl Emil Doepler donnent aux personnages des casques ornés d’ailes. Cette image a ensuite traversé les tableaux, les affiches et les écrans. Dans les films et les jeux d’aujourd’hui, les valkyries sont presque toujours des cavalières ailées ou des soldates d’élite, ce que les poèmes ne disent pas.

Image couranteCe que disent les sources
Un casque à ailesLes poèmes les montrent en armure. Aucun ne parle d’ailes sur un casque.
Un cheval ailéElles chevauchent dans les airs, mais aucun poème ne décrit une monture ailée. Une périphrase poétique (une kenning) qui fait du loup une « monture », que l’on rencontre dès la pierre de Rök, monument runique suédois, a conduit certains commentateurs à imaginer des valkyries chevauchant des loups. Cette lecture reste une interprétation.
Des vierges toutes guerrièresElles servent à boire, tissent, aiment des héros ou volent en cygne. Une liste poétique les appelle aussi les « vierges d’Odin » (Óðins meyjar).

Questions fréquentes

Y a-t-il une reine des valkyries ?

Aucun texte ancien ne désigne de reine. Freyja choisit la moitié des morts selon le Grímnismál, et des commentateurs modernes la présentent comme la première d’entre elles. Cette lecture est une interprétation moderne, et aucune fonction de ce genre n’est attestée.

Existe-t-il un symbole de la valkyrie ?

Aucun signe ancien n’est attesté sous ce nom. Le valknut est gravé sur des pierres de Gotland, mais aucun texte ne le relie aux valkyries.

Mise à jour le 18 octobre 2026. Qui est Maël ?