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Le dieu Odin : noms, symboles et mythes d’après les sources

Odin (Óðinn en vieux norrois) est le principal des Ases, la famille des grands dieux nordiques. Les textes en font un dieu des morts, de la victoire et du savoir. Il est aussi, dans une moindre mesure, le patron de la magie, de la poésie et de la guerre.

Un chef des Ases

Odin est le fils de Bor et de la géante Bestla. Il a pour frères Vili et Vé et pour épouse Frigg, reine d’Ásgard, le séjour des dieux. Parmi ses nombreux enfants figurent Thor, Baldr, Bragi, Höd et Hermod.

Ce que l’on sait de lui vient surtout de deux ouvrages islandais. L’Edda poétique est un recueil de poèmes sur les dieux et les héros. L’Edda de Snorri, un traité en prose, date du XIIIe siècle et a pour auteur Snorri Sturluson. Ces textes ont été en partie rédigés après la christianisation. Ils gardent la mémoire d’une tradition païenne plus ancienne, mais des idées chrétiennes et gréco-romaines se reconnaissent dans le portrait du dieu.

Le chercheur Otto Höfler en a tiré une conclusion prudente. Les sources sont trop disparates pour donner une image unique d’Odin. Elles laissent pourtant voir un même culte, tourné vers l’extase, la mort, la métamorphose et la guerre.

Son nom : la fureur

Le nom Óðinn est construit sur le mot óðr, « furieux, impatient, fou ». Une autre piste, jugée moins probable, y voit óðr au sens de « poésie, chanson ». Le nom primitif devait être *Wōđinaz ou *Wōđanaz en germanique commun, la langue d’origine des langues germaniques.

Ce mot a aussi donné le gotique wōds (« possédé »), le vieil anglais wōd et l’allemand Wut, « colère ». Óðinn correspond à Wotan en vieux haut allemand, à Wodan en vieux saxon et à Wōden en vieil anglais.

Les Romains donnaient à un dieu étranger le nom du dieu romain qui lui ressemblait, ce que l’on appelle l’interpretatio Romana. Ils assimilaient Odin à Mercure, et le jour de Mercure est devenu le jour d’Odin. Le vieux norrois dit óðinsdagr, l’anglais Wednesday (du vieil anglais wōdnesdæg), le néerlandais woensdag, le danois, le norvégien et le suédois onsdag. L’allemand Mittwoch et l’islandais miðvikudagur emploient en revanche un terme neutre, imposé par l’Église.

Portrait d’un vieillard borgne et de ses compagnons

Odin s’assoit sur Hlidskjalf, son trône, et regarde. De là, il voit les neuf mondes, les neuf espaces de la cosmologie nordique. Deux corbeaux, Hugin (« la pensée ») et Munin (« la mémoire »), lui murmurent à l’oreille ce qu’ils ont vu en parcourant ces mondes. Deux loups, Geri et Freki, restent couchés à ses pieds.

Les textes décrivent un homme âgé, barbu et borgne, capable de changer d’apparence. Ses objets sont connus :

  • Gungnir, sa lance ;
  • Sleipnir, son cheval à huit jambes ;
  • Draupnir, un anneau qui se multiplie par neuf tous les neuf jours.

Quand Baldr meurt, Odin pose Draupnir sur son bûcher. Baldr donnera ensuite l’anneau à Hermod. Le vieux roi paternel des films Marvel s’écarte nettement de ce portrait.

Dieu des morts et des pendus

Odin accueille au Valhöll (Valhalla en français), sa halle, la moitié des guerriers tombés au combat. Ce sont les Valkyries, des femmes surnaturelles, qui les y conduisent. L’autre moitié va chez Freyja. Ces morts, appelés einherjar, se battent le jour et sont conviés la nuit au banquet d’Odin, en se préparant au Ragnarök, la bataille finale entre les dieux et leurs ennemis.

Odin tient le rôle de psychopompe, c’est-à-dire de guide des âmes des morts. Il est aussi nécromancien, car il sait faire parler les morts. Sous le nom de Hangagud, il est le dieu des pendus.

D’où vient Odin ? Les hypothèses

Les chercheurs avancent plusieurs pistes.

Pour Kris Kershaw, Odin serait la version germanique d’un très ancien dieu-loup indo-européen, issu de la culture dont descendent la plupart des langues d’Europe et d’Inde. Ce dieu aurait été le chef des compagnies guerrières. La chasse sauvage, cortège nocturne de cavaliers fantômes, en serait l’image. Kershaw le rapproche du dieu indien Rudra, maître de la nature sauvage.

L’archéologue Martin Rundkvist fait émerger l’Odin scandinave pendant les Grandes invasions, période de migrations en Europe. Cela rejoint le récit de Snorri, où les Vanes, dieux du pays, sont remplacés par les Ases, des étrangers venus du continent.

Philippe Jouët rattache Odin à la « première fonction », celle de la magie et de la religion. Selon lui, Odin a éclipsé le dieu juriste Týr. Jouët juge sans fondement le rapprochement, parfois proposé, avec le dieu irlandais Lug.

Attesté ou inventé ? Le valknut

Le valknut, trois triangles entrelacés, est souvent associé à Odin.

  • Attesté : le motif figure sur des pierres de l’île de Gotland (Tängelgårda, Lärbro, Stora Hammars I), dès le VIIe siècle selon les datations, et sur le bateau d’Oseberg, en Norvège.
  • Hypothèse : le mot valknut, qu’on traduit par « nœud des tués au combat », vient du norvégien et n’est attesté dans aucun texte en vieux norrois. Le lien avec Odin repose sur la présence du signe près de sa figure à cheval sur plusieurs pierres. Hilda Ellis Davidson y lit son pouvoir de lier et de délier les combattants. Rudolf Simek y voit un signe associé aux rites funéraires. Certains le rapprochent aussi du cœur de pierre à trois angles du géant Hrungnir, décrit par Snorri au chapitre 17 du Skáldskaparmál.
  • Moderne : Nigel Pennick y reconnaît une variante de Thurisaz, rune du futhark ancien (voir aussi les runes). Le signe sert aussi dans le paganisme contemporain et comme motif de tatouage.

Questions fréquentes

Les Vikings priaient-ils tous Odin ?

Selon Jouët, Odin est devenu le dieu de prédilection des guerriers, surtout en Scandinavie.

Mise à jour le 18 octobre 2026. Qui est Maël ?