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Runes Mannaz : le nom, les poèmes runiques et le sens moderne de ᛗ

Mannaz, la rune de l’« homme », figure dans les trois poèmes runiques médiévaux. Les sens spirituels qu’on lui prête aujourd’hui sont modernes.

Mannaz (ᛗ) est la rune de l’« homme ». C’est la vingtième du futhark ancien, l’alphabet de 24 runes employé du IIe au VIIIe siècle environ, et elle note le son [m]. Les trois poèmes runiques du Moyen Âge la mentionnent. Les sens d’aujourd’hui, comme la destinée ou l’unité de deux êtres, relèvent de l’ésotérisme du XXe siècle et ne s’appuient sur aucun texte ancien. Voici de quoi les distinguer.

Sa place dans l’alphabet

Le futhark porte le nom de ses six premières lettres, ᚠ ᚢ ᚦ ᚨ ᚱ ᚲ. Mannaz est la quatrième rune de la troisième ætt, la « famille » de Tiwaz, c’est-à-dire le troisième groupe de huit runes. Elle suit ehwaz et précède laguz, parmi les 24 runes de l’alphabet.

Son dessin dérive de la lettre m des alphabets de l’ancienne Italie, eux-mêmes issus du mu grec.

D’où vient le nom

On ignore quel nom employaient les usagers des premières inscriptions pour désigner ᛗ. Les linguistes le déduisent de noms plus tardifs.

En vieux norrois, la langue des Scandinaves de l’âge viking, la rune s’appelle maðr, « homme ». En vieil anglais, la langue des Anglo-Saxons, elle s’appelle man, avec le même sens. Le gotique, langue des Goths, donne manna. Cette forme figure dans le Codex Vindobonensis 795, un manuscrit qui transmet des noms de lettres de l’alphabet gotique.

De ces formes, on remonte au proto-germanique, la langue commune jamais écrite dont descendent le norrois, l’anglais et l’allemand. Cela donne *mannaz. L’astérisque signale une forme reconstruite, déduite et non attestée telle quelle. Le mot a donné l’anglais man et l’allemand Mann.

Ce que disent les poèmes runiques

Un poème runique consacre une courte strophe à chaque rune. Trois ont survécu, le norvégien, l’islandais et l’anglo-saxon. Mannaz figure dans les trois, sous le nom de maðr dans les deux premiers et de man dans le dernier. Voici ces strophes dans la traduction française d’après Bruce Dickins (1915).

Le poème runique anglo-saxon : « L’homme joyeux est cher à ses parents ; pourtant chacun est destiné à quitter les siens, car le Seigneur, par son décret, rendra la misérable chair à la terre. »

Le poème runique norvégien : « L’homme est un surcroît de poussière ; grande est la serre du faucon. »

Le poème runique islandais : « Homme : joie de l’homme, surcroît de la terre, ornement des navires. »

Les trois textes ne disent pas la même chose. Le poème anglo-saxon associe la joie parmi les proches à la mort qui les sépare, et le norvégien rattache l’homme à la poussière. L’islandais est le plus lumineux, avec la joie et l’ornement des navires. Aucun ne parle de destinée ni de quête intérieure.

Du futhark ancien au récent

À l’époque viking, le futhark récent réduit l’alphabet à 16 runes. Pour le son [m], il emploie ᛘ, nommée maðr. Elle reprend la forme de l’ancienne algiz ᛉ et remplace ᛗ.

Un signe en forme de ᛉ peut donc être maðr dans une inscription de l’âge viking, et algiz dans une plus ancienne. Pour suivre ces changements signe par signe, l’alphabet runique de Norrois met les deux systèmes en regard.

Attesté ou inventé ?

Attesté : le nom « homme » dans trois langues germaniques, le son [m], la présence de la rune dans les trois poèmes runiques et son remplacement par ᛘ.

Moderne : l’idée de « soi parmi les autres », l’unité de deux êtres, la destinée ou la lignée divine. Ces lectures, très présentes dans les pages d’interprétation en ligne, sont des créations récentes sans source ancienne.

Une autre rune « homme » circule aussi. Le futhark armanen est un système moderne, issu de l’ésotérisme germanique, et sa rune de l’homme y est la Lebensrune, la « rune de vie ». Ce système est distinct du futhark ancien et ne se confond pas avec Mannaz. Savoir à quel alphabet appartient un dessin évite ces mélanges, notamment avant un tatouage.

Aller plus loin

Le tirage de runes est une pratique moderne, apparue au XXe siècle, qui sert d’outil de réflexion et non de prédiction. Tacite, historien romain, décrit dans la Germanie (chapitre 10) des baguettes marquées de signes tirées au sort, sans dire qu’il s’agit de runes.

Le tirage des runes de Norrois s’appuie sur les poèmes. Pour chaque rune tirée, il affiche la strophe correspondante, traduite d’après Bruce Dickins, et rappelle que la divination par les runes est une pratique moderne. Pour Mannaz, la question qui accompagne la rune est celle que pose la lecture moderne : quelle place tenez-vous parmi les vôtres ?

Sources

Mise à jour le 18 octobre 2026. Qui est Maël ?