Un nom en deux morceaux
Le nom s’analyse sans difficulté. Il associe le mot qui désigne l’elfe à celui qui désigne la demeure.
Première mention : un présent de première dent
Le Grímnismál est un poème de l’Edda poétique, le recueil de poèmes mythologiques de la tradition nordique. Il décrit douze demeures divines. À la strophe 5, il dit que les dieux ont donné Alfheim à Freyr.
L’occasion est précisée : Freyr venait de percer sa première dent. On appelle tann-fé le présent offert à un enfant quand sa première dent apparaît, une coutume encore vivante en Islande. Les dieux, eux, offrent un monde entier, ce qui change l’échelle.
Cette scène pose un problème aux historiens. Les Ases et les Vanes, les deux familles de dieux, se sont affrontés dans une guerre, et Freyr y joue un rôle à la fin, vraisemblablement en adulte. Un nourrisson gratifié d’un monde et un dieu adulte qui intervient à la paix ne vont pas ensemble. John Lindow, spécialiste de la mythologie nordique, relève cette contradiction.
Seconde mention : la demeure des elfes lumineux
Le second passage vient de la Gylfaginning, dans l’Edda de Snorri Sturluson, un ouvrage en prose. Au chapitre 17, Snorri présente Alfheim comme la première d’une série de demeures situées dans le ciel. Il y loge les elfes lumineux, les ljósálfar. Plus loin dans ce passage, il parle de Gimlé, une salle du plus haut ciel qui doit subsister quand le ciel et la terre auront disparu.
Freyr et les elfes : un lien que les textes ne montrent pas
Les deux passages se complètent mal. Le Grímnismál donne un lieu à Freyr et ne dit rien de ses habitants. Snorri parle des habitants et ne mentionne pas Freyr dans ce passage. Malgré la proximité des noms, aucune relation connue n’unit ce dieu aux elfes. Faire de Freyr le souverain des elfes est une déduction de lecteurs que les textes n’autorisent pas.
Attesté ou ajouté ?
Beaucoup de pages en ligne décrivent un royaume baigné de lumière. Voici ce que les deux passages permettent de dire.
| Idée répandue | Ce que disent les deux passages |
|---|---|
| La lumière d’Alfheim vient des feuilles d’Yggdrasil | Les deux passages n’en font pas état |
| Alfheim est l’un des neuf mondes | Les deux passages le placent parmi des demeures divines |
| Freyr règne sur les elfes | Le poème lui donne le lieu, Snorri parle des elfes, aucun texte ne les relie |
L’image courante d’Alfheim vient en bonne partie de la culture populaire, où chaque œuvre apporte son propre décor. Dans God of War et God of War Ragnarök, une partie de l’aventure se déroule à Álfheim. Dans Age of Mythology, « alfheim » désigne un type de carte fait de forêts et de falaises. Dans Sword Art Online, ALfheim Online est un jeu de rôle dont les personnages sont des fées. Aucun de ces éléments ne figure dans les deux passages anciens.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un elfe dans les textes norrois ?
Le mot vieux norrois est álfr, au pluriel álfar. Les deux passages sur Alfheim n’en disent presque rien. Le Grímnismál ne parle que du lieu, et Snorri nomme les elfes lumineux en leur donnant un séjour dans le ciel.