Prénom viking : comment on nommait les enfants, et quels prénoms sont vraiment attestés
Un enfant de l’époque viking recevait un seul prénom, souvent fait de deux mots, auquel s’ajoutaient plus tard un patronyme ou un surnom. Björn, Gunnar, Erik ou Astrid figurent dans les textes anciens.
Dans le monde nordique de l’époque viking, le nom de famille transmis de génération en génération n’était pas l’usage courant. On se distinguait plutôt par un patronyme ou un surnom. Les pierres runiques, les sagas et la Landnámabók (le « Livre de la colonisation » de l’Islande) conservent un grand nombre de ces prénoms. Certains se portent encore aujourd’hui.
D’Ingvar à Igor : un prénom qui a voyagé
Au milieu du XIe siècle, un chef suédois nommé Ingvar (Yngvarr en norrois, la langue des Scandinaves de l’époque viking) part vers l’est avec une expédition dont beaucoup d’hommes ne reviennent pas. Des inscriptions runiques, des textes gravés en runes sur des pierres dressées en Suède, rappellent ces morts et citent son nom.
Le même nom circulait déjà plus à l’est. La Rus’ de Kiev était un État slave oriental où des Scandinaves s’étaient installés. Les Slaves y ont adapté Ingvarr en Igor, et un prince de Kiev du Xe siècle le porte dans la Chronique des temps passés. Le prénom figure aujourd’hui parmi les grands prénoms masculins russes.
Un prénom, puis un patronyme ou un surnom
Prenez Leif Eiríksson, qui apparaît dans la saga des Groenlandais. Son prénom est Leifr. Son second nom est un patronyme, un nom formé sur celui du père, et Eiríksson signifie « fils d’Eiríkr ». Sa sœur Freydís s’appelle Eiríksdóttir, « fille d’Eiríkr ». Un fils de Leif aurait porté le nom de Leifsson. Le système change à chaque génération, ce qui interdit de parler de nom de famille. L’Islande l’utilise toujours.
Le surnom, une épithète ajoutée au prénom, sert à distinguer les homonymes. La Landnámabók connaît Eiríkr rauði, Erik le Rouge. Les sagas des rois parlent de Haraldr hárfagri, Harald à la Belle Chevelure. Quant à Egill Skallagrímsson, héros d’une saga (un récit islandais en prose, mis par écrit au XIIIe siècle), il est fils d’un homme dont le nom même veut dire « Grímr le Chauve ».
Ce que contiennent les prénoms attestés
La plupart des prénoms sont composés de deux éléments, tirés d’un stock de mots plutôt courts. Les dieux en fournissent un. Thor entre dans Thorstein, « pierre de Thor », et dans bien d’autres noms. Les noms bâtis sur Odin sont beaucoup plus rares, et les historiens ne s’accordent pas sur la raison.
Les animaux en fournissent un autre. Björn (Bjǫrn) veut dire « ours », Ulfr « loup » et Ormr « serpent ». Viennent ensuite les mots de combat, comme gunnr et hildr, tous deux « combat », ou herr, « armée ».
L’ours dépasse le monde nordique. Le nom français Bernard associe lui aussi un mot germanique pour « ours » à un mot pour « fort ». Un Viking nommé Bernard le Danois accompagne Rollon, le chef installé en Normandie, vers 900.
Une sélection de prénoms attestés
| Prénom (norrois) | Où on le lit | Sens | Forme moderne |
|---|---|---|---|
| Þórsteinn | Landnámabók, pierres runiques | « pierre de Thor » | Thorstein, Torsten |
| Bjǫrn | Landnámabók | « ours » | Björn, Bjørn |
| Gunnarr | Saga de Njáll (Gunnar de Hlíðarendi) | gunnr « combat » + herr « armée » | Gunnar |
| Eiríkr | Landnámabók, saga d’Erik le Rouge | second élément ríkr « puissant » ; premier élément discuté | Erik, Eric |
| Egill | Saga d’Egill | sens discuté | Egil |
| Yngvarr | Pierres runiques suédoises | lié au dieu Ing d’après certains savants ; reste discuté | Ingvar, Igor |
| Ástríðr | Heimskringla, recueil de sagas des rois de Norvège | premier élément discuté (« dieu » ou « amour ») + fríðr « belle » | Astrid |
| Guðrún | Edda poétique, saga des Gens du Val-au-Saumon | guð « dieu » + rún « secret » | Gudrun |
| Auðr | Landnámabók, saga des Gens du Val-au-Saumon | « richesse, prospérité » | Aud, Auður |
Des noms de femmes sont bâtis sur hildr et gunnr. La Völuspá, poème de l’Edda poétique, range Gunnr et Hildr parmi les valkyries, ces femmes qui choisissent les guerriers morts au combat. Brynhildr, héroïne de l’Edda poétique, associe brynja, « cotte de mailles », à hildr. Elle s’écrit Brynhild aujourd’hui.
Idées reçues sur les prénoms vikings
Voir son prénom en runes
Les runes notent des sons, si bien qu’un prénom moderne se transcrit d’après sa prononciation. Le futhark ancien (IIe-VIIIe siècle) compte 24 runes. Le futhark récent de l’époque viking en compte 16, et un Gunnar du Xe siècle aurait écrit son nom avec ce second alphabet. Le site propose un outil pour écrire votre prénom en runes selon l’un ou l’autre alphabet. Toutes les runes du futhark, l’alphabet runique ainsi nommé d’après ses six premières lettres, sont présentées à part.