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Loki mythologie nordique : ce que disent les sources anciennes

Dans Lokasenna, strophe 9, Loki rappelle à Odin le pacte de sang qui les lie, ce qui explique sa place chez les Ases malgré sa naissance chez les géants.

Les sources placent Loki parmi les Ases, un groupe de dieux (les dieux nordiques), mais son statut reste ambigu : il est fils de géant et ne siège chez eux qu’en vertu d’un pacte. Son père est le géant Fárbauti et sa mère se nomme Laufey. Il provoque la mort de Baldr, les dieux le lient, et il se libérera au Ragnarök. Ce que l’on en sait tient en quelques poèmes et dans les pages de l’Islandais Snorri Sturluson, au XIIIe siècle.

Un fils de géants à la table des dieux

Les jötnar (au singulier jötunn), que l’on traduit par « géants », sont les voisins et les adversaires des dieux. Fárbauti est l’un d’eux. Loki a deux frères, Býleistr et Helblindi, que les textes ne citent qu’à cause de lui. Il change de forme, notamment en jument et en saumon.

Reste à savoir comment un fils de géant s’assoit chez les Ases. La réponse figure dans la Lokasenna, la « querelle de Loki », l’un des poèmes de l’Edda poétique, un recueil de poèmes mythologiques compilé au XIIIe siècle. Loki y arrive au banquet d’Ægir, une figure de la mer, après avoir tué l’un de ses serviteurs. Bragi, dieu des scaldes, lui refuse une place. Loki rappelle alors à Odin le pacte de sang qu’ils ont scellé (strophe 9).

Loki passe ensuite le banquet à moquer les dieux, Thor compris.

Des noms qui ne s’expliquent pas tous

Les poètes appellent Loki Loptr, mot qui renvoie à l’« air » (Lokasenna 2, Hyndluljóð 41). Un autre de ses noms, Hveðrungr, a un sens incertain, « hurleur » peut-être. Pour « Loki » lui-même, on discute encore. L’idée d’un dieu du « feu », par le mot norrois logi (« flamme »), n’a pas de base linguistique solide. Les formes scandinaves tardives du nom pointent plutôt vers une racine germanique *luk-, qui évoque ce qui noue ou ferme.

Le chercheur norvégien Eldar Heide rappelle que « loki » désigne dans le folklore les fabricants de toiles, c’est-à-dire les araignées. Selon lui, il est naturel que Loki soit aussi l’inventeur du filet de pêche, fait de boucles et de nœuds.

D’autres hypothèses existent. En 1988, le linguiste Jean Haudry a proposé d’y voir un hypocoristique (une forme abrégée d’un nom, comme « Tom » pour Thomas) de Logaþore, nom gravé au VIIe siècle sur la fibule de Nordendorf. Il l’a lu « celui qui dépasse la flamme », mais cette lecture n’est pas unanimement admise.

Les poètes scandinaves désignent aussi leurs personnages par des kenningar (au singulier kenning), des périphrases qui remplacent un nom. Snorri dresse la liste de ceux de Loki dans le chapitre 16 du Skáldskaparmál, une partie de son Edda :

« Fils de Farbauti et de Laufey, de Nál ; le frère de Byleistr, de Helblindi ; le père de Vanargandr, de Jörmungandr, de Hel, et Nari, d’Áli ; le parent, l’oncle paternel, le compagnon de route et de siège d’Óðinn et des Ases […] le voleur des géants, du bouc, du collier des Brísingar, des Pommes d’Iðunn […] l’ennemi des dieux ; le dévastateur de la chevelure de Sif ; l’artisan de malheur […] l’Ase lié ; l’ennemi obstiné de Heimdallr et de Skadi. »

Skáldskaparmál, chapitre 16, traduction de Georges Dumézil

La liste fait de Loki à la fois un proche d’Odin et un ennemi des dieux.

Sa femme, ses fils et ses enfants monstrueux

Loki est marié à Sigyn. Selon Snorri, elle lui donne un fils, Nari ou Narfi. Il a aussi un fils nommé Váli.

Avec la géante Angrboða, il a trois enfants, que Snorri présente au chapitre 34 de la Gylfaginning, autre partie de son Edda. Ces enfants sont le loup Fenrir, le serpent Jörmungand et Hel. Les dieux, avertis par des prophéties, jettent le serpent à la mer, envoient Hel régner sur le monde des morts et enchaînent le loup.

Sleipnir, le cheval à huit jambes d’Odin, naît d’un autre récit. Loki, changé en jument, s’unit à l’étalon Svaðilfari et met bas le poulain.

Plusieurs strophes renvoient à des mythes que nous n’avons plus. Dans le poème Hyndluljóð, de l’Edda poétique (strophe 41), Loki mange le cœur brûlé d’une femme sorcière ou géante et devient enceint d’un monstre. La Lokasenna le dit transformé en femme qui aurait enfanté (strophes 23 et 33), puis père d’un fils de la femme de Týr (strophe 40). Aucun récit conservé ne raconte ces épisodes.

Du trouble-fête au traître

Dans plusieurs récits, Loki cause un dégât, puis les dieux ont recours à lui pour le réparer. Les titres de la liste de Snorri y font allusion : « dévastateur de la chevelure de Sif », voleur des pommes d’Iðunn et du collier des Brísingar.

Avec Baldr, le ton change. Loki organise la mort de ce dieu aimé de tous. Les dieux le lient alors avec les entrailles d’un de ses fils et fixent un serpent au-dessus de son visage. Sigyn recueille le venin dans un bol. Quand elle va le vider, une goutte tombe et Loki se tord, ce qui provoque des tremblements de terre. Dans la Völuspá, la prophétie de la voyante, un autre poème de l’Edda poétique, la voyante dit à Odin qu’elle voit Sigyn assise là, très malheureuse (strophe 35).

Au Ragnarök, un duel avec Heimdall

Le Ragnarök, la fin du monde annoncée, voit Loki libre. Dans la Völuspá (strophe 51), il apparaît détaché, « frère de Býleistr », parmi les forces des géants. À la strophe 54, Fenrir, « parent de Loki », dévore Odin avant d’être tué par Víðarr, fils d’Odin.

Loki et Heimdall sont annoncés comme devant s’entretuer pendant la bataille. Cela rejoint le kenning « ennemi de Loki », qui désigne Heimdall au chapitre 8 du Skáldskaparmál.

Un dieu sans culte et quelques images

Aucune source ne mentionne de culte rendu à Loki. Les spécialistes jugent peu probable qu’il ait été vénéré, même s’il joue un rôle notable dans les mythes. Cette absence d’attestation ne permet pourtant pas d’exclure toute pratique. Seules quelques images subsistent :

  • Sur la pierre de Snaptun, un visage aux lèvres cousues est parfois lu comme le sien.
  • La croix de Gosforth et la pierre de Kirkby Stephen, en Angleterre, montrent une figure liée, que l’on rapproche de Loki sans certitude.

Attesté ou inventé ?

Trois idées courantes et ce que les textes permettent d’écrire
Idée couranteCe que disent les textes
Loki est le frère d’OdinUn pacte de sang (Lokasenna 9), rien de plus
Loki est le dieu du feuHypothèse contestée. Loptr évoque l’air, la racine *luk- le nœud. Wagner a repris le nom sous la forme Loge dans sa tétralogie
Loki est le frère adoptif de ThorLes frères de Loki sont Býleistr et Helblindi. Le lien avec Thor vient de Marvel (bandes dessinées, puis films)

Questions fréquentes

Qui est Loki par rapport à Thor ?

Aucun passage cité ici ne les lie par la parenté. Les frères de Loki sont Býleistr et Helblindi (Völuspá 51, Hyndluljóð 40).

Qui est Odin pour Loki ?

Un allié lié à lui par un pacte de sang (Lokasenna 9). Au Ragnarök, c’est Fenrir, fils de Loki, qui dévore Odin.

Qui tue Loki dans la mythologie ?

Après la mort de Baldr, les dieux le lient sans le tuer. La prophétie annonce que Loki et Heimdall s’entretueront au Ragnarök.

Loki est-il bon ou mauvais ?

Les textes montrent les deux visages. Dans la Lokasenna, il insulte les dieux, et avec Baldr il cause une mort. Dans d’autres récits, il aide à réparer ce qu’il a causé.

Loki était-il vénéré ?

Aucun lieu de culte ni aucune offrande à son nom n’est attesté. Son nom a pourtant survécu dans le folklore scandinave, où des mots comme « lokke » désignent l’araignée.

Mise à jour le 18 octobre 2026. Qui est Maël ?