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Runes Perthro : le nom, le poème anglo-saxon et le sens moderne de ᛈ

Le seul poème runique à décrire la rune ᛈ, l’anglo-saxon, dit « peorð » sans que personne sache ce que le mot désigne, et son manuscrit a brûlé en 1731.

La rune Perthro (ᛈ) note le son p. Son nom d’origine est perdu, une seule strophe la décrit, et cette strophe parle d’une salle de banquet sans rien dire du destin. Ce que l’on peut affirmer tient dans quelques inscriptions datées et un poème fragile.

Un nom que personne n’a su lire

Perthro est la quatorzième rune du futhark ancien, l’alphabet runique de 24 signes utilisé du IIe au VIIIe siècle. Elle est la sixième de la deuxième ætt, une famille de huit runes, entre Eihwaz et Algiz.

Le seul nom attesté est peorð, en vieil anglais, la langue des Anglo-Saxons, des peuples germaniques installés en Angleterre. Aucun mot connu de cette langue ne lui ressemble.

Un autre indice vient des Goths, un peuple germanique voisin. Un manuscrit du IXe siècle, le Codex Vindobonensis 795, nomme la lettre p de l’alphabet gotique pertra. Les deux noms se ressemblent et restent aussi obscurs l’un que l’autre. Les linguistes en tirent une forme reconstruite du proto-germanique, la langue commune supposée des peuples germaniques, qu’aucun texte n’a conservée : *perþō. L’astérisque signale une forme déduite sans jamais avoir été lue.

Deux hypothèses circulent. La première voit dans le nom un poirier, ou un arbre fruitier en général. Elle se heurte à un obstacle : selon les linguistes, le mot germanique pour la poire semble emprunté au latin pirum. La seconde s’appuie sur le thème de la strophe et pense au bois de poirier, matière d’un instrument à vent ou de pièces de jeu. Tout cela reste conjecture.

Le son p était rare en germanique ancien, ce qui explique en partie le flou. Tineke Looijenga a supposé en 1997 que ᛈ était née comme une variante de la rune du b.

Ce que dit le texte

Le poème runique anglo-saxon consacre une strophe à chaque rune. Voici celle de ᛈ, en vieil anglais puis en français :

« ᛈ peorð byþ symble plega and hlehter wlancum [on middum], ðar wigan sittaþ on beorsele blíþe ætsomne. »

« Peorð est toujours jeu et rire pour les fiers, là où les guerriers siègent joyeux ensemble dans la salle à bière. » Poème runique anglo-saxon, strophe de la rune ᛈ

La strophe parle d’un jeu, de rires, d’une salle et de guerriers attablés. Il n’y est question ni de hasard ni de destin.

Le texte lui-même est fragile. Le seul manuscrit qui le contenait, coté Cotton Otho B.x, a brûlé en 1731 dans l’incendie de la bibliothèque Cotton. Toutes les éditions reposent sur la copie publiée en 1705 par George Hickes. Or une autre copie de Hickes, celle d’un manuscrit qui a survécu, montre des erreurs une fois comparée à l’original. Un doute plane donc sur l’exactitude du texte publié.

Où l’on trouve la rune ᛈ

La rune est attestée surtout comme une lettre. Quatre jalons la datent :

  • Vers 400 : la pierre de Kylver porte l’alphabet runique complet. C’est la plus ancienne trace de ᛈ.
  • 698 : sur le cercueil de saint Cuthbert, une rune p remplace la lettre grecque rho (Ρ) dans une inscription.
  • Vers 700 : des pièces de monnaie du Kent portent les noms pada et æpa (ou epa). C’est le premier emploi de la rune dans un mot, et non dans une simple liste de lettres. Elle y est écrite en futhorc, l’alphabet runique des Anglo-Saxons, qui compte 28 puis 32 runes environ.
  • Vers 750 : un bâton d’if trouvé à Westeremden porte op hæmu (« à la maison ») et up duna (« sur la colline »).

En Scandinavie, la rune tombe peu à peu en désuétude à partir du VIe ou du VIIe siècle. Le futhark récent, la version à 16 runes de l’époque viking, n’a plus de signe pour p et écrit ce son avec la rune du b, comme sur la pierre de Skarpåker. Un nouveau signe, le « b piqué » ᛔ, apparaît ensuite.

Cela se voit dès que vous écrivez Paul ou Pierre. Le résultat change selon que l’alphabet choisi est le futhark ancien ou le récent, et l’outil prénom en runes montre la différence. L’alphabet runique détaille les deux systèmes.

Attesté ou inventé ?

Tout ce qui précède vient d’objets et de textes. Le sens que la plupart des guides donnent à Perthro, « le hasard, l’inconnu, ce qui reste caché », vient d’ailleurs. Il date des livres de divination runique moderne, une pratique du XXe siècle qui consiste à tirer des runes pour réfléchir à une situation. Aucun poème médiéval ne le contient.

Ces guides ajoutent souvent un cornet de dés ou la pomme d’Iðunn, des associations modernes. Ni l’une ni l’autre ne figure dans le poème, et aucune source ancienne ne rattache Iðunn à cette rune.

Les arbres fruitiers reviennent aussi dans ces guides. Tacite, historien romain, décrit dans la Germanie (chapitre 10) des Germains qui coupent une branche d’arbre fruitier en baguettes marquées de signes, puis les tirent au sort. Il ne dit pas que ces signes sont des runes, et rien ne les relie à ᛈ.

Comme outil de réflexion, la lecture moderne reste utilisable, à condition de savoir ce qu’elle est. Vous attendez la réponse d’un employeur ou les résultats d’un examen : une part de la situation vous échappe, et c’est ce que les guides actuels placent derrière ᛈ.

Dans le tirage des runes de Norrois, chaque rune tirée s’accompagne de la strophe médiévale correspondante. Pour ᛈ, il n’en existe qu’une, celle du banquet.

Mise à jour le 18 octobre 2026. Qui est Maël ?